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« Jésus a fait une promesse incroyable, en nous envisageant comme ses amis »

Père Xavier d’Arodes, aumônier national LCE

S’il est facile de les nommer et de les compter – souvent sur les doigts d’une main –, on a plus de mal à expliquer pourquoi nos amis sont des amis, de vrais amis. Est-ce parce que nous avons passé de bons moments ensemble ? Ou bien au contraire, parce que l’on a traversé côte à côte des moments difficiles ? Est-ce le fait de pouvoir toujours compter sur eux ? De partager les mêmes convictions et les mêmes idées ? Que nos enfants soient du même âge ? Que l’on se soit rencontré au bon moment ? Sans doute.

Mais il y a aussi dans l’amitié quelque chose de plus essentiel, d’insaisissable, qui dépasse le cadre mesurable de ce que les amis peuvent se donner l’un à l’autre et partager ensemble. Si nous sommes amis, ce n’est pas d’abord pour ce qu’ils m’apportent mais pour un lien d’amitié qu’on peine à définir. On se contente alors souvent de la formule de Montaigne à propos de son ami La Boétie : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » sans chercher à creuser davantage.

Lorsque vient la maladie, c’est souvent alors l’épreuve de vérité : il y a ceux sur qui l’on croyait pouvoir s’appuyer et qui se dérobent. Ils sont occupés à autre chose ou bien ils ont eux-mêmes peur de la maladie et de la mort. Au contraire, il y a ceux qui semblaient plus lointains mais qui ne nous laissent pas tomber et qui sont capables de gestes incroyables et d’une vraie fidélité. Il est bon alors d’avoir des amis, de vrais amis !

Il en est un, cependant, auquel on ne pense pas souvent comme ami. Bien sûr, on l’aime, mais néanmoins souvent on le craint encore. Certes, on Le supplie, on L’implore. Surtout quand ça va mal. Mais, ce faisant, on oublie de Lui parler comme à un ami. On pense qu’on peut tout Lui dire. Mais en fait, on ne Lui dit presque rien. Parfois même, on se demande s’Il est là, à nos côtés ou bien s’Il nous a oublié. On n’ose pas lui raconter notre vie. Soit parce qu’on pense qu’Il sait déjà tout. Soit parce qu’on se demande ce qui pourrait bien L’intéresser dans une vie si ordinaire. Et puis, surtout, on oublie de Lui parler, de penser à Lui, de Lui demander comment Il va, Lui. Car, après tout, quand Il voit tout ce que font les hommes, Lui aussi aurait parfois peut-être de quoi se désespérer.

Et pourtant, Il nous a fait une promesse incroyable, que nous rapportent les Évangiles : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ! » (Jn 15, 15).

Amis ! Jésus appelle ses disciples à entrer dans une relation particulière avec lui, une relation qui les élève et les fait grandir. Voilà ce que Jésus nous révèle : Dieu et moi, nous sommes désormais amis, nous avons du prix aux yeux de l’autre. Dieu ne me regarde pas avec condescendance mais avec bienveillance. Dieu s’intéresse à moi. Il compatit, il partage mes peines et mes joies, comme on le fait avec un véritable ami. Il m’instruit, mais sans m’humilier. Il m’encourage, mais sans me blesser. Car nous partageons désormais un lien d’amitié ce qui n’est possible qu’entre personnes égales. Ce que saint Irénée traduira dans sa célèbre formule : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. »

Cette amitié, nous ne l’avons pas méritée mais elle nous est donnée, librement. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis », nous dit Jésus. Ainsi, pour Dieu, je ne suis pas n’importe quel être anonyme dans l’immensité de l’univers.  Il m’appelle par mon nom. (Jn 10, 3) Il me connaît de façon toute personnelle. Alors, pourquoi hésiterais-je à lui confier mes peines, mes joies, mes espérances ? Il est mon ami.

Et pourtant, on a tous, à un moment ou un autre, l’impression que Dieu nous a trahi, qu’il nous a laissé tomber, en particulier lorsque survient la maladie. Qu’ai-je fait alors au Bon Dieu pour qu’il m’envoie cette épreuve ? Pourquoi suis-je atteint moi aussi ? Ne pouvais-je l’éviter ? Nous avons tous expérimenté ce moment de révolte face à ce qui nous semble incompréhensible.  Mais nous avons aussi expérimenté combien il est important de consentir à la situation, non pour nous en satisfaire, mais pour comprendre qu’il y a aussi, à travers ces épreuves, un chemin de vie.

Dieu ne veut pas la maladie ou la souffrance. Jamais. Mais il est capable de donner un sens à l’épreuve que nous traversons, en m’accompagnant. Il est capable de me guider. « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».Nous le disons chaque jour mais combien il est difficile que la volonté de Dieu se fasse aussi dans ma vie, dans ma chair. Les anciens parlaient de l’amitié en disant idem velle c’est-à-dire être amis, c’est vouloir la même chose. De fait, il faut que ma volonté grandisse vers une pleine adhésion à la sienne.

La volonté de Dieu, en effet, n’est pas pour moi une volonté externe et étrangère, à laquelle je me plie plus ou moins volontiers. Je ne subis pas la vie mais j’accepte ou pas de me laisser façonner par elle. Parce que je suis l’ami de Dieu, ma volonté s’unit à la sienne, sa volonté devient la mienne et ainsi, je deviens vraiment moi-même. C’est ce que Jésus dit dans ce même évangile : « Demeurez avec moi dans mon amour.»

Cela peut aller jusqu’à donner sa vie, comme lui-même l’a fait. N’a-t-il pas dit qu’ « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » ? Jésus nous montre l’exemple. Parce qu’il est notre ami, il donne sa vie pour nous, il se livre à nous. Et il nous invite aussi à donner notre vie « pour la gloire de Dieu et le salut du monde. » Ainsi, l’amitié avec Dieu ne nous enferme pas : au contraire, elle nous ouvre un chemin. Ce n’est donc pas un privilège mais un appel profond à se livrer.

 

Seigneur, aide-moi à te connaître toujours mieux ! Aide-moi à ne faire toujours plus qu’un avec ta volonté ! Aide-moi à vivre ma vie non pour moi-même, mais à la vivre avec Toi pour les autres ! Aide-moi à devenir toujours plus ton ami. A être non seulement un bon ami mais aussi un ami bon, sur lequel tu puisses compter !

 

Père Xavier d’Arodes

Aumônier national LCE

4 Responses

  1. Oui, j’adhère tout à fait à ce que vous dites! Lorsque s’est installé
    Le COVID, qui a complètement freiné l’activité, j’ai réalisé à quel point le Seigneur intervenait dans notre vie à tous(et combien j’étais loin de l’avoir compris!)
    Je ne me suis pas sentie dès l’instant « son amie », mais je Lui parle et j’ai appris(enfin) à Lui dire MERCI. A.P.

  2. J’ai beaucoup aimé. Merci. Continuez Père à nous transmettre de tels messages. Ce texte nous fait du bien et nous réconforte. Notre foi est parfois en berne et ces paroles nous remettent sur le bon chemin.

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