Françoise Denis, secrétaire et trésorière de LCE Belgique

« Il nous faut accueillir chaque jour l’imprévu de Dieu ».

Aux côtés de Martine Delloye, déléguée, Françoise Denis œuvre au sein de la délégation LCE de la Belgique comme secrétaire et trésorière. Son histoire d’amour avec Lourdes a débuté par un appel quand en 1967, à l’âge de 10 ans, elle a formulé le vœu de servir les malades, alors qu’elle s’était rendue dans la cité mariale en famille, pour la profession de foi de sa sœur. Après ses premiers pas comme brancardière au sein d’un pèlerinage organisé par les mutualités chrétiennes, elle a commencé des études d’infirmière puis s’est engagée à l’hospitalité Notre-Dame. L’Accueil saint-Frai est devenu ainsi un lieu cher à son cœur, où elle a œuvré au fil des ans, tout en rejoignant la Fraternité Saint-Frai. Aujourd’hui, elle mène une aventure solidaire et universelle, dans les maisons tenues par les sœurs, réparties en France, en Egypte, en Israël, au Liban… Le premier séjour à Jérusalem eut lieu à la fin de l’année 2014 ; durant un mois, avec une amie hospitalière, elle s’est rendue dans cette maison de retraite où sœur Camille, rencontrée à Lourdes, venait d’être affectée. Sa mission : s’occuper des résidents, les accompagner dans leurs repas, servir les collations, partager leurs activités, proposer des promenades à l’extérieur, assurer les soins médicaux… Entretien avec Françoise Denis.

En menant ces missions au sein des maisons Saint-Frai, qu’avez-vous envie de vivre et de privilégier ?

Cela peut faire sourire, mais entrer en relation  avec les personnes âgées est source d’un enseignement réciproque. S’ouvrir aux personnes rencontrées : aux sœurs, aux personnes âgées, au personnel, … C’est cadeau ! Ces moments partagés sont d’une grande richesse. Nous pouvons  assister à la messe tous les jours ; en fonction de nos horaires de service, il nous est possible de partager les temps de prière de la communauté. Chaque maison vit en union avec les bénévoles selon sa spécificité, souvent le dimanche, nous partageons  la table des sœurs pour le repas du midi et nous faisons un bilan de la semaine. J’aime aussi le contact avec les autres bénévoles, originaires de divers pays. D’un séjour à l’autre, les liens demeurent. C’est ainsi que plusieurs années après m’être rendue à la maison d’Héliopolis, en Egypte, j’ai été accueillie à bras ouverts par les résidents qui se souvenaient de moi. Nous leur consacrons du temps ; nous partageons des moments forts, des moments d’écoute surtout. L’histoire de leur vie est souvent d’une grande richesse, les résidents nous transmettent leur sagesse, ces moments sont vraiment uniques. Avec les autres membres de la Fraternité Saint-Frai, nous maintenons  des liens durant toute l’année : des mails, des messages par WhatsApp.

Abu Dis, l'établissement pour personnes âgées tenu par les Filles de Notre-Dame des Douleurs, à Jérusalem, accueille les groupes de pèlerins qui viennent constater la proximité du mur de séparation qui coupe le jardin des sœurs en deux. Photo P. Cabidoche D.R.

Vous vous êtes rendue aussi au Liban. Quelles sont vos impressions ?

De tous les pays d’Orient visités le Liban est celui qui m’a le plus interpellée. Le peuple libanais est très ouvert,  la population est sans cesse en croissance par l’afflux des syriens qui fuient la guerre depuis de longues années, et pourtant le travail manque pour tous, il est fréquent que les travailleurs cumulent plusieurs petits métiers pour nourrir leur famille. L’explosion du port de Beyrouth en 2020 n’a pas arrangé la situation. Malgré cela l’accueil est extraordinaire, le premier mot que nous entendons en entrant dans la maison de Ghodrass est « bienvenue ». Nous percevons que ce ne sont pas des paroles vides de sens, ce mot révèle la profondeur de l’accueil du peuple libanais.

Quelle est votre devise ?

« Accueille chaque jour les cinq minutes de l’imprévu de Dieu ».
Ces cinq minutes peuvent prendre parfois la journée entière, peu importe. Ces cinq minutes sont pour moi un rendez-vous d’amour auquel Dieu me convie et restent pour moi le sens de chaque journée. Vivre chaque jour le moment présent, intensément, ouverte à ce qui se passe, le vivre le partager.

Quel est le passage de la Bible qui vous tient particulièrement à cœur ?

« Mathieu 7  (21, 24-25). Bâtir sa maison sur le roc. Seul Dieu est solide. Il est le seul, l’unique. En s’appuyant sur Lui, on peut pratiquement tout. Quand cela nous paraît impossible à vue humaine, Il nous aide à l’accomplir.

Vos engagements vous ont-ils transformée ?

Bien sûr. Les rencontres nous placent sur un chemin où on reçoit bien plus que ce que l’on donne. L’indifférence est le fléau le plus terrible. Mes engagements m’ont changée, m’ont retournée. Il faut se laisser pénétrer par ce que l’on vit. Je me souviens d’une rencontre en Egypte, où j’ai vu une jeune fille d’une dizaine d’années portant sur la tête un plateau avec du pain. Elle avait un sourire extraordinaire. J’étais accompagnée par une Egyptienne, et nous avons voulu la prendre en photo. Cela nous a conduits à faire sa connaissance : nous avons appris qu’elle était orpheline, et vivait avec sa grand-mère ; elle vendait du pain pour nourrir son frère et sa sœur. Une autre fois, j’étais à Jérusalem en pleine Intifada. Les touristes avaient déserté les lieux. Dans la basilique de la Nativité, où j’étais allée me recueillir, un jeune prêtre célébrait une messe en espagnol. Il était accompagné de deux autres prêtres qui veillaient sur lui. Nous nous sommes agenouillées et avons reçus la grâce de vivre un moment extraordinaire. Pour la communion, la seule hostie a été partagée. Quand on a vécu cela, on ne vit plus l’eucharistie de la même façon. Que je me trouve au Liban, en Egypte ou en Israël, les rencontres sont extraordinaires il faut savoir les accueillir. Les gens me bouleversent par leur simplicité, leur action, leur charisme.

La Grotte de la Nativité, dans la basilique de Bethléem

Quelles sont les personnes qui, au cours de votre existence, vous ont guidée et inspirée ?

Assurément, je citerais ma grand-mère maternelle, arrivée en Belgique en 1932, elle venait, accompagnée de ses trois filles, rejoindre son époux arrivé un an plus tôt. Ma grand-mère allait à la messe tous les matins. Jusqu’à l’âge de douze ans, alors que je me rendais à l’école primaire de mon village, je faisais un détour chez elle ; elle me citait l’Evangile du jour, et me racontait la vie du saint que l’on fêtait. Plus tard, dans ma vie professionnelle, je faisais sourire mes collègues infirmières, en leur faisant remarquer qu’il fallait souhaiter la fête de l’un de nos patients.

Françoise et la Vierge de Banneux (Belgique). Une évidente complicité. Photo P. Cabidoche, D.R.

Parmi les saints, quels sont ceux que vous affectionnez particulièrement ?

Je citerais volontiers saint Joseph, pour moi il est inséparable de Marie dans la réalisation du projet d’amour de Dieu pour nous. Il a protégé la mère et l’enfant. Joseph est à la charnière de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il est le porche par lequel on entre dans le Nouveau Testament, vers Jésus qui vient. Il a été le premier témoin de l’action de l’Esprit saint. Je ne peux pas m’adresser à Marie sans m’adresser à Joseph. Saint François de Sales disait de lui qu’il est tellement puissant au Ciel qu’il commande plus qu’il ne supplie. Chaque fois que j’ai confié quelque chose de difficile à saint Joseph, il y a eu une issue pour vivre les situations du mieux possible. Je prie régulièrement le chapelet de la Providence à saint Joseph. Le mercredi, je lui consacre mon chapelet ; le samedi, je le consacre à Marie. Tous les jours, je termine mon chapelet par une dizaine à saint Joseph.
J’ai des liens particuliers avec Lourdes. Marie est là tout le temps, et j’aime à me rendre dans les sanctuaires mariaux comme Banneux et Beauraing. Dans mon village, jusque dans les années 80, les fidèles aimaient à se retrouver à l’extérieur, devant la chapelle de leur quartier pour prier Marie en semaine, tout le mois de mai. Aujourd’hui encore, certains quartiers maintiennent la tradition, même s’il y a beaucoup moins de fréquentation qu’auparavant. Parmi les saints, j’aime aussi beaucoup Camille de Lellis, patron des infirmiers.

Que représente Lourdes pour vous ?

Lourdes, est pour moi un lieu de guérison, qu’elle soit physique ou intérieure, visible ou invisible. C’est l’un des lieux les plus connus en France où Marie nous invite. Il nous revient de répondre à ce rendez-vous d’amour. Personne ne revient de Lourdes comme il y est allé. Marie nous attend à Lourdes, comme dans l’église de notre village. Toujours elle nous dit : priez pour la conversion des pécheurs, priez pour avoir des prêtres, priez, priez… A Lourdes, on fait des rencontres extraordinaires car les cœurs des fidèles sont ouverts. Souvent les gens s’y rendent à l’invitation d’un ami, d’un parent : c’est la Providence qui agit. Lourdes ne s’explique pas. Lourdes se vit.

 

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

3 Responses

  1. Que ces moments sont tres forts moralement quelle foi pour analyser ces réactions. Belle continuation a Françoise pour ces belles rencontres

  2. Je suis très touchée par cet Article, car je connais BANNEUX, car j’ai un ami qui Moine de St Jean à Notre Dame à BANNEUX, et cet endroit est magnifique

    Et faire partager sa Foi, c’est important en ce moment

    Je vais vous dire qu’une année, je faisait un séjour chez les Frères de St Jean, et en voulant mettre un cierge, une partie de mon manteau a pris feu, je suis partie tout de suite vers la Fontaine ou se trouve la Vierge des Pauvres, je n’ai pas été brulée
    Continuez à nous redonnez cette FOI, Bernadette qui habite à Brives Charensac

  3. Je suis très touchée par l’article concernant Françoise. Oui à Lourdes, dans le creux de la souffrance, elle était présente à mes côtés pour me soutenir tant physiquement que moralement. J’admire la profondeur humaine de sa foi.
    Françoise est un exemple de vie. Il y a une similitude entre elle et moi, celle d’avoir reçu la foi par nos grands-mères. J’y attache une grande importance, quand un des mes petits enfants passe à la maison. Passer le flambeau de la foi à la nouvelle génération est le plus beau cadeau que l’on puisse donner à ses petits enfants ou toutes personnes que l’on rencontre. Ici, je pense à l’infirmière qui vient faire ma toilette chaque jour. Elle se prépare à recevoir le baptême à Pâques l’an prochain. Pendant la toilette nos partages sont très riches. Elle est d’origine albanaise de parents musulmans, elle m’a demandé de prier pour ses parents afin qu’il n’y ait aucune entrave de leur part pour qu’elle puisse continuer ce chemin de foi. La confiance dans ces partages me mène dans mon propre chemin de foi vers une autre dimension. Quelle belle grâce reçue ce dimanche.
    Dans le chemin de la maladie, des perles nous dont confiées. Merci Jésus, merci Marie.
    Brigitte Du Champs.

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