Hélène le Saout : « A Lourdes Cancer Espérance, on voit l’Eglise avec un grand E »

Hélène Le Saout, déléguée LCE du Morbihan.

Déléguée de Lourdes Cancer Espérance dans le Morbihan, Hélène le Saout avait noué une belle amitié avec Lois, une Américaine de Californie rencontrée au cours d’un voyage à Compostelle en 1993. Lois a fait ses études d’infirmière à l’université de San Francisco et a passé un master en gérontologie. D’abord consultante pour l’État de Californie, elle était en charge de faire des rapports sur les conditions sanitaires des plus démunis. Il faut se rappeler qu’aux Etats Unis, 43% de la population n’a pas de couverture santé. Elle a  eu plusieurs missions, notamment à l’hôpital de Sacramento (la capitale de l’État) et c’est là qu’elle a rencontré  et rejoint les « Sisters of Social Service », une congrégation de femmes professionnelles engagées auprès des minorités, des classes moyennes et des plus fragiles. Leur ministère ne se limitait pas aux problèmes de santé. Parmi elles, des expertes en droit ; avocates et enseignantes contribuent à défendre les droits des minorités et la justice sociale. Plus tard Lois a travaillé à Los Angeles jusqu’à sa retraite. Elle était consultante en gérontologie à l’hôpital Saint Jean de Dieu et pour l’Archidiocèse. 

Lois disait que sa grande passion était et avait toujours été la musique. Violoniste depuis l’âge de 11 ans, née dans une famille italienne venus de Toscane en Californie en 1905; des mélomanes et des artistes ! (sa sœur aînée était une pianiste virtuose). La grand-mère chantait l’opéra ! Lois  a mis son violon au service de la louange divine dans de nombreuses célébrations. Elle jouait aussi de la musique classique dans un ensemble philarmonique. En France, Lois a accompagné la messe dans les Ephad d’Auray pendant 10 ans. Avec Simone, la chantre, et Anne Marie à la cithare, toutes les trois ont donné beaucoup de joie. Son ministère était désormais la musique et son sourire.

La rencontre entre les deux amies eut lieu lors d’un pèlerinage à Saint Jacques-de-Compostelle accompagnée par Hélène le Saout. L’amie française qui avait convaincu Lois de faire ce pèlerinage avait omis de lui dire que c’était un voyage francophone !  C’est ainsi qu’Hélène, en faisant l’interprète a eu bien des échanges intéressants avec cette personnalité souriante et ouverte avec laquelle elle partageait tant de valeurs.

Lois, une américaine convertie à Lourdes Cancer Espérance

En l’an 2000, désireuse de prendre un congé sabbatique, Lois eut le coup de cœur pour la France, où elle vécut jusqu’à sa mort en hiver dernier. Avec Hélène, Lois a découvert l’aventure de Lourdes Cancer Espérance. Elle aurait souhaité qu’une telle association puisse démarrer aux Etats Unis. « Lois n’avait de cesse de dire : l’’Eglise, c’est nous. Au sein de l’Eglise, il y a beaucoup de diversité et nous ne sommes pas toujours sur une même longueur d’onde. Mais il ne faut pas s’en plaindre. Nous avons notre rôle à jouer ! A nous d’agir selon nos charismes, et d’ouvrir nos cœurs.’ Lois aimait la prière de saint François d’Assise : ‘Fais de moi un instrument de ta paix’. Elle avait une spiritualité prophétique, convaincue que comme baptisés, nous avions une bonne nouvelle à annoncer. Personne ne doit être exclu ! Il faut se convertir et dépasser nos préjugés », raconte Hélène le Saout.

Quand, pour la première fois, Hélène rendit visite à Lois à Los Angeles, Lois l’informa dès le matin de son arrivée qu’elle devait se rendre au chevet d’une personne atteinte d’un cancer en phase terminale. « Pour Lois, le service devait passer avant toutes choses. Dans notre vie de croyant, il faut intégrer notre relation à Dieu, aux autres et à la planète. En 1987, Lois a été choisie comme représentante des Sisters of Social Service, pour la rencontre avec  le Pape Jean-Paul II, lors de sa  visite à Los Angeles. Lois était aussi une grande voyageuse, avide de connaître le monde et les autres cultures. Elle a profité de plusieurs congés sabbatiques pour entreprendre le tour de l’Europe en solo ou avec une amie. Elle a suivi un séjour d’études bibliques en Israël, fait de fréquents séjours à Rome. Elle est allée au Japon, au Kenya, à Taiwan, à Hawaï non comme touriste mais toujours à la rencontre de communautés engagées dans l’humanitaire et en réponse à des invitations.

Entretien avec Hélène Le Saout :

Vous avez un parcours professionnel passionnant puisque, en 1980, vous étiez l’une des premières femmes à accompagner des pèlerinages, fonction qui était plutôt réservée aux prêtres du moins dans les agences spécialisées comme SIP et Terre Entière. Cela été aussi le développement des croisières sur les pas de Saint Paul. Au cours de votre carrière, vous avez accompli environ 300 voyages. Comment cette vocation est-elle née ?

Le hasard a fait qu’à la fin de mes études d’anglais, j’ai rencontré une ancienne institutrice que j’avais eu en primaire chez les Ursulines. Elle m’a parlé de cette école gréco-française qu’elles avaient à Athènes et dans les îles Cyclades de Tinos et Naxos…Il se trouvait qu’elles étaient à la recherche de profs de français et d’anglais pour la rentrée suivante. C’est ainsi que j’ai été embauchée… et que j’ai découvert l’orthodoxie en plus d’approfondir la culture de la Grèce antique que j’aimais déjà beaucoup ayant suivi la filière classique à l’école. En Grèce, alors âgée de 21 ans, j’ai rencontré une collègue trentenaire, passionnée par saint Paul. Les fins de semaine, nous faisions des sorties, comme à Corinthe, Athènes, Philippes, sur les pas de saint Paul pour lire ses textes dans les lieux où il était passé. Plus tard, j’ai étudié l’archéologie, et j’ai séjourné à Rome, où j’ai même pu rencontrer le Pape Jean-Paul II, alors très proche des étudiants. Dans les années 70, j’avais assisté à la conférence d’un prêtre, Amédée Brunot, originaire des Pyrénées. Cet homme-là était un grand connaisseur de saint Paul  et c’est à cette époque que les agences de pèlerinages  commençaient à organiser des croisières sur les pas de l’apôtre. Cette idée m’a tout de suite séduite : l’évangélisation par itinérance, mais aussi la possibilité  à approfondir l’histoire et les débuts du christianisme. La suite fut une histoire de belles rencontres.

Lois, l'amie d'Hélène, reçue par le pape Jean-Paul II

J’ai eu la chance de rencontrer un prêtre qui accompagnait des pèlerinages pour SIP Voyages  et il était l’ami du directeur. Le fait d’avoir vécu en Grèce, en Italie et de parler des langues étrangères m’a ouvert les portes. J’ai été embauchée en 1980. J’ai commencé à me rendre en Turquie, en Grèce… J’ai fait des croisières sur les pas de saint Paul  et des circuits au Moyen Orient … Ensuite j’ai  élargi les destinations notamment les Etats Unis, grâce  à la découverte de l’Amérique que ma permise Lois. La vie est faite de rencontres, d’échanges et de partages. Je crois en la Providence !  Parmi les belles rencontres, je citerais volontiers celle d’André Chouraqui au cours d’un colloque à Séville sur le thème de l’âge d’or en Andalousie quand  Juifs, Chrétiens et Musulmans cohabitaient et échangeaient dans grande harmonie.

En 1994, le tourisme vers le Moyen Orient s’est ouvert. Il y avait eu, la même année, une  exposition à l’Institut du Monde Arabe intitulée : « Syrie, 10 000 ans d’histoire. » Les agences de voyages culturels ont développé de nombreux circuits. J’ai toujours été attirée par le Proche Orient, par ces grandes civilisations, les religions de la Mésopotamie à l’Egypte et la naissance du Christianisme…et la Bible bien sûr. De 1994 à 2010 je n’ai pas cessé de sillonner ces pays. Nous étions accueillis avec une très grande hospitalité et je garde de magnifiques souvenirs de cette aventure. J’y ai laissé de grands amis.

Homs, Syrie, le Krak des Chevaliers

Vous lisez la Bible tous les jours. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Hélène et Lois, une complicité dans l'Espérance

Lorsqu’on étudie l’histoire d’une religion, que ce soit le judaïsme ou le Christianisme et ses  expressions dans l’art et la littérature, il faut aller à la source. On ne peut se contenter d’articles. C’est ce  qui m’a conduite à fréquenter la Parole de Dieu et  les travaux de l’Ecole Biblique de Jérusalem. La Grèce aussi m’a ouverte à la Bible. Les liturgies orthodoxes sont très belles, et cela a fortifié mon intérêt pour l’étude des textes sacrés. Le Concile Vatican II a été un événement crucial, car dès 1963, à la messe, on a pu lire les textes en français et non en latin. Les textes de la Bible sont percutants. L’Esprit saint agit à travers la Parole ; elle nous inspire, nous éclaire. Dans l’Ancien Testament, Dieu se révèle. Il conduit les peuples à travers les événements. Quand, dans nos prières, nous récitons le  Credo, nous disons que Dieu a « parlé par les prophètes ». D’autres passages, comme les Psaumes, disent la joie, l’espérance, la souffrance de l’humanité.

Vous dites que dans la Bible, on découvre le vrai visage de Dieu…

André Chouraqui parlait d’une ‘passion d’amour’ quand il lisait la parole de Dieu parce que à travers la Bible on découvre le vrai visage de Dieu qui est Amour. Regardez les gens que Dieu a choisis pour accomplir son œuvre ! On y voit aussi son humour. Ceux que Dieu choisit sont assez déconcertants. Toutefois, tout au long de leur parcours, ils apprennent à reconnaître que, sans Dieu, ils ne peuvent rien faire. C’est la grâce de l’Esprit qui fait de ces pauvres hommes ou femmes des gens capables de transmettre la Parole de Dieu et agir en son nom. On peut prendre pour exemple  Jonas,  David. ..et les Apôtres et tant d’autres. La Parole de Dieu est vivante. En lisant la Bible, on découvre toujours quelque chose de neuf, que l’on n’avait pas remarqué auparavant. La Bible est un lieu de révélation.

Quel est votre regard sur Lourdes Cancer Espérance ?

A Lourdes Cancer Espérance, il n’y a pas d’un côté les malades et de l’autre les accompagnants. Les personnes fragiles apportent énormément aux autres, par leur foi, leur espérance. Ceux qui, pendant le pèlerinage, témoignent lors des célébrations eucharistiques m’émeuvent énormément. On se sent tout petit à côtés de ceux qui disent leurs combats, leur manière de se relever par la force et les énergies de l’amour. Je suis sidérée par leur courage, leur témoignage, qui fait écho à la parole de Dieu. Il n’y a qu’à Lourdes qu’on voit cela : cette qualité de relations, cette fraternité. Cela nous remplit de force, et avec Lois nous avons vécu la découverte de LCE comme une grâce !

J’aime aussi cette  diversité des parcours : il y a une grande solidarité entre les uns et les autres ; tous les départements sont représentés ; les classes sociales n’ont plus d’importance. J’aime les liturgies, les textes choisis que l’on trouve dans le livret du pèlerin, j’apprécie aussi la présence des évêques qui ont des personnalités très diverses et qui nous font partager quelque chose de leurs diocèses. Cela nous ouvre à d’autres aspects de l’Église de France.

J’admire les  bénévoles et tous ces gens qui participent à la mise en place du pèlerinage, tous ces hospitaliers et accompagnants. Je n’ai jamais rien vu de plus beau. On y voit l’Eglise avec un grand E : les pauvres, les petits, les malades ont la première place. Cela me fait penser à la Jérusalem céleste. Tout est dans la louange, l’action de grâce, malgré les souffrances que portent les malades. C’est le sourire qui prime, l’accueil et l’harmonie. Pour tous, je n’ai qu’un message : Venez et Voyez. Tout le monde est sur un pied d’égalité… C’est l’amour et le partage .« Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais regarder ensemble vers la même direction » (Saint Exupéry)

Photo : Eric Bielle

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

4 Responses

  1. PASSIONNANT ! … Merci d’ un tel témoignage Hélène ! Que de richesse authentique en tout ce que vous relatez et exprimez de vos diverses expériences et d’ un Cheminement comme d’ un parcours d’ humanisme et de de réalisation professionnelle dont le moins qu’ on puisse dire est qu’ ils soient un accomplissement en soi.
    Puisse-t-il nous être donné providentiellement de nous abreuver à la source et de nous nourrir en humanité et fraternité d’ un tel enrichissement que celui qui habite et résulte de votre Expérience de Vie et d’ Accomplissement … À la Grâce de Dieu, et de Marie …

  2. Merci Beatrice pour ce message de foi d’ Helene Le Saoult….une belle rencontre avec cette belle personne de notre grande famille LCE….Merci de nous le partager….Marie Cécile, une adhérente LCE de la Vendée…

  3. Merci pour ce beau témoignage de vie ! Bien remplie ,une vie de fraternité , de différente façon , voilà, pour nous , à LCE , c’est une grâce de prier pour son repos maintenant . Une personne que l’ont peut mettre dans notre mémoire .
    Merci à vous Béatrice et à Hélène Le Saoult !

  4. Merci Hélène pour ces mots si justes! Tu nous avais fait rencontré Lois et nous apprécions beaucoup sa joie de vivre et sa proximité avec les malades. Je sais que du haut du Ciel où elle se trouve, elle continue de prier pour nous et LCE
    Brigitte et Thierry du 06

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