LCE 22 vallée des Saints « vue par Jean-Yves »

Une journée à la Vallée des Saints

Le 21 juin 2019, une quarantaine de personnes de Lourdes Cancer Espérance 22, s’est déplacée en car à la « Vallée des Saints » à Carnoët. C’est Philippe Abjean, professeur de philosophie de Saint-Pol-de-Léon, qui est à l’initiative de la création de ce site unique au cœur de la Bretagne et de cette « Ile de Pâques » bretonne.
Pour comprendre le pourquoi de ce projet fou et insensé, il n’est pas inutile de rappeler que P. Abjean a relancé en 1994 le Tro Breiz (Tour de Bretagne), pèlerinage médiéval en l’honneur des sept saints fondateurs de la chrétienté en Bretagne, pèlerinage tombé en désuétude au XVIIè siècle. En effet, il y 1 500 ans environ, des moines et prêtres venus du Pays de Galles, d’Irlande et de Cornouaille accostèrent sur nos côtes pour évangéliser l’Armorique. Les sept villes étapes du Tro Breiz sont : Saint-Malo fondée par Saint Malo, Saint-Brieuc fondée par Saint-Brieuc, Tréguier fondée par Saint Tugdual, Saint-Pol-de-Léon fondée par Saint Pol Aurélien, Quimper fondée par Saint Corentin, Vannes fondée par Saint Patern et Dol-de-Bretagne fondée par Saint Samson. Le Tro Breiz limite à une étape d’une semaine par an en partant d’une ville-étape pour arriver à la suivante, dans l’ordre habituel des étapes. C’est un pèlerinage « circulaire », car la dernière étape de son pèlerinage ramène le pèlerin à son point de départ. Une légende promet le paradis à tout Breton qui fait le Tro Breiz mais veut que celui qui ne l’a pas effectué de son vivant soit condamné à l’accomplir après sa mort, en avançant chaque jour ou chaque année (selon les versions) de la longueur de son cercueil !
L’association créée par P. Abjean ambitionne d’implanter 1 000 sculptures monumentales sur le site de Carnoët et sa butte Saint Gildas, chargée d’histoire, située à une altitude de 230 mètres et offrant une vue panoramique sur le Poher. Il a été recensé au moins 800 « saints » en Bretagne, personnages légendaires ou historiques à l’importance très inégale, pas tous reconnus par l’Eglise vaticane mais canonisés par la ferveur populaire. Aujourd’hui, la Vallée des Saints se présente aux visiteurs comme un chantier à ciel ouvert, les statues sont façonnées sur place par des sculpteurs dans un bruit discontinu de disqueuses, burins, etc. Une école de sculpture doit s’ouvrir sur le site, ce sera la 1ère école européenne de sculpture monumentale.
La vingtaine de sculpteurs ayant déjà œuvré a apporté sa propre personnalité. Parmi eux : une majorité de Bretons mais également une Portugaise, un Syrien et un Indien. Les statues monumentales de 5 mètres de hauteur moyenne ont été façonnées en granit qui provient de carrières bretonnes bien connues comme Louvigné-du-Désert, Perros-Guirec, Huelgoat, Lanhélin, Mégrit, Saint-Carreuc, Maël-Pestivien et plusieurs autres carrières situées dans le Finistère. A noter, la statue de St Denwal (St Denoual), la plus haute du site (6,70 mètres), réalisée très récemment en grès rose d’Erquy. Par ailleurs, deux statues sont venues d’outre Manche, l’une en juillet 2018, Saint Piran, patron des Cornouailles britanniques (la 100è statue du site) et, très récemment (en juillet 2019), Saint David (Saint Dewi en breton) sculptée au Pays de Galles, c’est la 124 è et dernière statue pour le moment.
Le cahier des charges imposé aux sculpteurs est assez simple, on leur demande seulement 3 choses :
1 – faire du monumental, entre 4 et 5 mètres, sachant qu’un bloc brut pèse entre 20 et 25 tonnes
2 – la statue doit avoir un visage (pas de représentation abstraite)
3 – avoir un élément qui rappelle la légende du saint (un dragon pour Saint Paul Aurélien, un poisson pour Saint Corentin, etc.).
La guide nous a indiqué que les premières statues représentant les sept saints fondateurs de la Bretagne avaient été implantées en 2009 autour des vestiges de la motte féodale. A l’image d’une grande table d’orientation, chaque saint est tourné vers son évêché.
Le financement de chaque statue repose sur le mécénat, le coût unitaire d’une statue (15 000 €uros) est assuré par une entreprise, une association ou par des particuliers. De nombreuses autres statues sont envisagées ; des associations se sont créées dans plusieurs villages bretons pour rechercher un financement, souvent par le biais de souscriptions, afin que tel ou tel saint local ait sa statue (par exemple Guerlesquin a financé une statue de Saint Tremeur, Guimiliau celle de Miliau, etc.) – source Wikipedia.
Avec 430 000 visiteurs accueillis en 2018, la Vallée des Saints s’est imposée en moins de 10 ans comme un haut lieu du tourisme en Bretagne. C’est désormais le site qui reçoit la plus grande fréquentation touristique en Côtes-d’Armor devant l’île de Bréhat et Fort La Latte ! Mais, Philippe Abjean observe fort justement que : « Même si nous n’oublions pas que le succès de ce site singulier au cœur de la Bretagne ne se mesure pas seulement au nombre de personnes qu’il reçoit. Mais au nombre de visiteurs chez qui il a réveillé quelque chose… ».
Jean Yves Hamelin