Marie-Hélène Clervoy Baurens : « Il importe que le service soit accompli avec amour et le sourire dans le cœur »

En septembre 2015, Marie-Hélène Clervoy Baurens découvrait avec joie le pèlerinage de Lourdes Cancer Espérance. Passionnée de voyages – adolescente, elle a vécu au Liban pendant trois ans avant de parcourir l’Europe durant ses années d’étude grâce à la carte SNCF Interrail – elle n’a eu de cesse de revenir à la source tout au long de sa vie avec le souci de mémoriser la Parole de Dieu, en particulier depuis qu’elle a rejoint la fraternité Saint Marc. Aujourd’hui aumônière du centre hospitalier de Moulins, elle œuvre aussi dans deux EHPAD. Une mission qui s’inscrit dans la droite ligne d’un parcours au long cours, où le service et l’amour sont un authentique credo : pendant 18 ans, elle a tenu une ferme aux côtés de son mari, puis a été aide à domicile, avant d’être mandatée par son évêque pour approcher les personnes à l’hôpital et dans les maisons de retraite. Parmi les actions qui lui tiennent à cœur, elle participe au financement de bourses de scolarité au sein de l’association : « Une fleur pour la Palestine ». Cela concerne des écoles du Patriarcat Latin de Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza, accueillant des élèves  chrétiens et musulmans. Une initiative née à la suite d’un pèlerinage en Terre Sainte, et qui répond à son souhait de participer à la création de passerelles pour le dialogue interreligieux et la Paix.  Si, de sa voix douce et paisible, elle fredonne un chant ou quelques notes de musique pour les personnes qui sont sur leur lit de souffrance, parfois dans le coma ou en fin de vie, cette aumônière attentive et sensible réalise aussi des feuillets de prière hebdomadaires pour les personnes qu’elle visite et qui attendent de la rencontrer pour partager leur quotidien. Marie-Hélène confie son coup de cœur pour des livres – parmi lesquels ‘Marc, l’histoire d’un choc’ de David-Marc d’Hamonville – ou des émissions de radio sur RCF, qui viennent enrichir sa réflexion et qu’elle partage volontiers dans ses discussions. Amoureuse de la nature, elle contemple la beauté de la Création et, toujours, se rend disponible au Seigneur, et cela dans l’ordinaire de sa vie mais aussi dans les temps d’oraison privilégiés, comme quand elle prie avant de commencer son service ou au cœur de la messe quotidienne. Entretien :

Quelle importance accordez-vous à la Parole de Dieu, qui vous habite et que vous vous efforcez de transmettre dans vos échanges ?

On dit souvent : « Chanter, c’est prier deux fois ». J’ajouterais que « servir, c’est aimer deux fois. » Il importe que le service soit fait avec amour, à l’image de saint Paul qui disait : « Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien ». Dans le cas contraire, si je fournis un service sur le seul plan de l’efficacité, de « l’utilitaire », alors, cela va me rendre plus glorieux vis-à-vis des autres, mais cela n’aura pas la même dimension. J’ai expérimenté cette réalité quand j’étais aide à domicile ; je devais remplir des tâches concrètes, mais dans mon cœur, il importait que cela soit fait pour le bien de la personne. J’avais envie d’apporter un « mieux être » et c’est toujours cela qui m’a guidée. Comme aumônière d’hôpital, je suis confrontée à des situations très délicates. Récemment, au sein du service, nous avons dû annoncer, à une dame en EHPAD, le décès de son frère. Cette expérience réveillait en elle beaucoup de douleur ; veuve, elle avait aussi perdu sa fille il y a quelques années. Je me souviens comment, pour l’aider à trouver la paix, nous avons prié Marie ensemble. J’ai chanté avec elle le ‘je vous salue Marie’, et cela lui a permis aussi d’aller mieux.

Pour les temps de rencontre que vous partagez dans vos différentes missions, vous prenez appui sur des paroles éclairantes, des prières entendues ici ou là…

Parfois, une phrase que j’entends va me toucher et nourrir ma prière. Au sein d’une paroisse du diocèse, une personne prépare une prière mensuelle qu’elle partage largement. L’une de ses prières était magnifique : « Seigneur, que tous découvrent dans leur cœur la force de Ton Amour et à quel point Tu crois en eux… » Quand j’ai entendu cette phrase, j’ai voulu la redire aux résidents des EHPAD. Il y a tant de force et d’espérance donnée dans cette phrase ! Elle implique une réciprocité dans l’amour que Dieu nous porte. A nous aussi de comprendre que, si nous l’aimons, Lui aussi nous aime et combien Il croit que nous pouvons être bon nous-mêmes. Souvent des personnes âgées s’interrogent : A quoi je sers ? Pourquoi suis-je là ? C’est fondamental de leur dire qu’il faut aimer Dieu comme l’on doit s’aimer soi-même ainsi que son prochain. C’est une phrase qui va loin, qui nous relève. « Relever », c’est le mot grec pour dire « ressusciter ». On dit que le Christ s’est relevé d’entre les morts. Quand il guérit la belle-mère de Pierre, il la prend par la main et la relève. Et que fait-elle ? Elle se met debout, et elle commence aussitôt à servir. On passe de la synagogue à l’église, au service… Il est là le message de Jésus : après son relèvement, il faut aller servir… Dieu nous fait confiance. A l’homme, il a confié la Création pour que celui-ci donne les noms aux animaux. Le Seigneur est venu chercher son peuple qui errait, qui avait besoin d’un berger. A chaque fois qu’Il voit nos failles, Dieu est là. Dieu vient…

Vous dites qu’il est de notre devoir de soulager les souffrances de ceux qui sont victimes d’injustice…

Je crois que l’on ne peut pas arriver à la paix sans la justice sociale. Quand on vient en aide à un mendiant, on fait la charité en lui faisant l’aumône ou en lui distribuant un repas. Mais la justice sociale, c’est faire en sorte qu’il n’y ait pas de pénurie. Comme le font nombre d’associations humanitaires, il faut donner le poisson tout en apprenant à celui qui est dans le besoin à pécher ce même poisson. Quand je pense à la justice et à la paix, me vient à l’esprit l’exemple de Mandela. Il faut toujours veiller à défendre les causes pour réduire les inégalités et contrer le malheur.

Vous dites aussi que ce qui est douloureux peut être transformé en offrande grâce à la prière…

Récemment j’ai visité une exposition à Souvigny dont les tableaux m’ont profondément émue. Ils ont été réalisés par un artiste iranien, réfugié en France, qui a proposé ce qui se révèle  comme un chemin de Croix, représentant des stations où Jésus, sous le poids du fardeau, avance avec peine. En fond de toile, des fleurs innombrables émergent et entourent Jésus peinant sous la Croix. Quand, aux obsèques d’un défunt, on offre des fleurs, c’est un hommage qu’on lui fait et notre amour qu’on lui dit. La fleur, c’est la vie. Quand on offre un bouquet, c’est la vie. Je relie la fleur à l’offrande.

Comment expliquez-vous la joie que l’on vit au sein de Lourdes Cancer Espérance ou dans des moments éprouvants de notre existence ?

Cette joie, on la vit, et elle s’exprime par le fait que nous sommes tous rassemblés. La joie n’est pas forcément la gaîté ! A Lourdes, nous partageons ensemble des moments fraternels. Je vous donnerais dans un autre contexte, l’exemple d’une rencontre que j’ai vécue au sein d’un EHPAD. Une maison de retraite, ce n’est pas un milieu très joyeux, et cela est encore plus vrai depuis la survenue de la crise sanitaire. Récemment j’ai partagé le bonheur d’une résidente qui m’a fait part de la naissance de son arrière petite-fille. Les photos avaient été tirées sur papier par le personnel, et elles étaient affichées dans sa chambre. Je vous donnerais un autre exemple : des bénévoles que l’on interrogeait sur les raisons de leur engagement ont exprimé ce qu’elles portaient au fond du cœur : elles sont là « pour apporter de l’amour et de la joie ». On peut donner de la joie, par un sourire… même derrière un masque. On le devine dans les yeux ! Le Christ nous veut unis et rassemblés en son nom. Pour revenir à Lourdes Cancer Espérance, on vit cette même unité. A Lourdes, il y a des temps de rencontre, des célébrations eucharistiques, des processions… La joie s’exprime dans les Béatitudes… «  D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres », dit l’apôtre Pierre dans l’une de ses épîtres* (un passage que chante Marie Hélène …)

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

 * 1 Pierre 1, 22-25

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