« Nos noms sont inscrits dans les Cieux »

Don Pascal Boulic. Photo Pierre Vincent, D.R. Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes

Don Pascal Boulic est chapelain au Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. A la suite de Bernadette Soubirous, il nous invite à réfléchir sur la manière dont chaque baptisé doit se mettre à l’écoute de Dieu. Avec foi, il nous parle de ce chemin à faire nôtre : celui de la sainteté, où à chaque instant, Dieu nous rejoint.

Comment définir la sainteté ?

La sainteté, c’est répondre à l’appel que le Seigneur donne au jour du baptême. Tout baptisé a vocation à trouver le bonheur et, selon son état de vie, à se donner aux autres. Au baptême, on reçoit un sceau spirituel, qui marque l’appartenance à une famille de même sang et de même chair que le Christ. Cette vocation se vit dans nos différents lieux de vie : au sein de notre famille, de notre travail, de nos activités. Faisons de notre vie une offrande. Il nous est dit que « nos noms sont inscrits dans les cieux » et que, sur un caillou blanc, est inscrit le nom de chacun. Dans la foi, le seul qui dit tout en nous nommant, c’est Dieu lui-même. Nous pouvons citer l’exemple de la Vierge Marie, qui est désignée par un nom qu’elle révèle le 25 mars 1858 à Bernadette : elle est l’Immaculée Conception. Le nom qu’elle dit la révèle davantage. Elle est la toute pure.

Comment comprendre la sainteté en méditant sur la rencontre de Jésus avec l’homme riche ? Dans cet Evangile, Jésus dit à l’homme riche de donner aux pauvres tout ce qu’il possède, et de se mettre à sa suite pour entrer ainsi dans le Royaume. N’est-ce pas trop difficile à vue humaine ?

C’est l’image de la porte étroite par laquelle il faut passer pour accéder au Royaume. Il faut laisser Dieu agir en nous. Mais l’être humain est compliqué, il a des blessures, et il a tendance à vouloir se débrouiller à la force du poignet. Les richesses sont le signe, dans ce cas précis, de l’autosuffisance. Dans cet Evangile, l’homme qui a des richesses pense se débrouiller par lui-même ; or la pauvreté, c’est savoir que Dieu donne tout, pourvoie à tout. Saint Paul disait : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? »

Saint François de Sales disait : « Pour les chrétiens qui vivent dans le monde, il leur est nécessaire de s’aider les uns les autres par de saintes amitiés. De cette manière, ils s’encouragent, se soutiennent, se portent mutuellement dans la recherche d’une même sainteté… »

Le chemin de sainteté n’est pas un chemin de solitude, encore moins un positionnement des uns contre les autres. Le peuple d’Israël va ensemble vers le Seigneur. L’Eglise avance vers le Seigneur par la prière commune. Plus je m’ouvre aux autres, plus j’ai envie qu’ensemble, nous soyons ouverts. La sainteté n’est pas une perfection solitaire.

Quelles différences pouvons-nous établir entre la sainteté et la perfection ?

La sainteté, c’est la perfection de Dieu :« Soyez parfaits comme Dieu est parfait ». En autres termes, c’est dire : « Laissez Dieu vivre en vous. » Nous n’avons pas vocation à être « perfectionnistes », selon des critères sociaux pour plaire aux autres ou pour réussir dans sa carrière. Il y a beaucoup de manières d’aimer son prochain. « L’amour est inventif et créatif », disait saint Paul. Le Bon Samaritain est dans la compassion ; il se laisse toucher par celui qui est blessé. Il vient à son aide ; après avoir pansé ses blessures, il le dépose à l’hôtel. Il laisse une place à l’autre, et il aime.

Quelle est la place de la prière ?

La prière est une manière d’aimer, quelle que soit la distance. Par la prière, on est en relation les uns aux autres par Jésus. En priant pour ses ennemis, on agit. On peut agir en s’occupant d’une personne malade, en aidant quelqu’un à ranger sa maison. Et on peut agir dans ce qu’il y a de plus profond : on agit à travers Dieu. Par la prière, je demande Dieu d’agir pour moi. Il ne s’agit pas d’être dans une chapelle toute la journée, mais d’offrir sa vie, que l’on soit occupé par des tâches ordinaires, aux fourneaux ou au travail… Thérèse d’Avila disait qu’elle trouvait Dieu « dans les marmites. »

Quel sens revêt le « sacrifice » au cœur de notre foi ?

Le sacrifice, c’est « faire sacré. » C’est rendre quelque chose sacré, en le donnant, en reconnaissant qu’il vient de Dieu. Quand, dans les temps anciens, on sacrifiait le premier-né d’un troupeau, on le rendait à Dieu. C’était une manière de dire que tout le troupeau appartenait à Dieu. Donner quelque chose, dans la joie ou dans la douleur, c’est le rendre. L’offrande a une connotation positive : sur la Croix, le Christ donne sa vie car il témoigne d’un amour plus fort que tout. Le sacrifice de Jésus sur la Croix rend caduque les rites sacrificiels de jadis, car il surpasse tout. Nous pouvons tous faire des sacrifices qui manifestent le don de nous-mêmes et, dans l’ordinaire des jours, renoncer à nous-mêmes pour témoigner de notre amour pour l’humanité.

Bernadette disait : « Si nous avions la foi, nous verrions Dieu en toutes choses… »

Cette parole nous invite à passer du visible à l’invisible. Quand on rencontre quelqu’un, ce que l’on perçoit n’est que le sommet de l’iceberg. Toute personne est un mystère, et toute personne est habitée par la présence de Dieu. Chaque personne a sa source en Dieu. Quand, au cœur de la nature, je découvre une belle rivière, je perçois que cette rivière a sa source en Dieu. Elle a été créée par le Tout Puissant. Toute chose est plus ce que je n’en perçois.

Quelles sont nos idoles qui nous empêchent d’aimer et d’accéder à la sainteté ?

La première idole est l’ego quand on se préoccupe trop de l’image que l’on donne, de ses biens matériels ou de son confort… Une idole, c’est quand quelque chose est absolutisé et qu’on en oublie la relation à Dieu. Pour s’en prémunir, il faut se décentrer, en privilégiant la relation à Dieu et aux autres. Beaucoup de moyens sont mis à notre disposition pour faire ce chemin : des retraites, du silence, de la prière, du calme. Il faut jeûner de ce qui prend trop de place : la télévision allumée toute la journée, l’attachement désordonné à la nourriture, à la drogue, à la cigarette, aux réseaux sociaux… Il faut descendre à l’intérieur de soi-même, en faisant une pause et en nous dévêtant de ce qui nous encombre.

Il faut « faire silence », dites-vous…

Quand il n’y a pas de bruit à l’extérieur, on évite les bruits « à l’intérieur ». Quand tout le monde parle dans une salle, on hausse le ton pour se faire entendre, et cela va crescendo. Dans ce brouhaha, on n’entend plus rien. Quand il y a beaucoup de bruit, c’est le Bling Bling qui résonne. Le silence, au contraire, permet d’aller à des choses plus discrètes mais plus importantes. On découvre le désir de Dieu pour nous. On peut écouter Dieu en lisant la Bible, par exemple.

Bernadette disait : « Quand quelque chose nous coûte, disons tout de suite : tout pour vous plaire, mon Dieu, et rien pour me satisfaire ! Cette autre pensée aussi m’a fait beaucoup de bien : faire toujours ce qui nous coûte le plus… »

Le sacrifice d’amour est d’autant plus beau qu’il est fait dans la joie. Sur la Croix, Jésus nous a sauvés, non par ses souffrances, mais par le don immense qu’Il a fait de sa vie. Il a affronté la mort. C’est son amour qui nous a sauvés. Il n’a pas voulu donner « un peu ». Il a voulu « tout » donner.

En 1876, Bernadette faisait cette prière : « Que je me convertisse enfin une bonne fois ». Comment comprendre cette parole alors qu’elle avait donné sa vie et était dans l’abandon ?

Bernadette était sur un chemin de sainteté, de plénitude. Ce but n’est jamais atteint une fois pour toute tant qu’on est sur le chemin. Bernadette avait besoin de se tourner vers Dieu en permanence. Tout le temps, on a besoin de se convertir. Bernadette a exprimé ce désir de manière forte : « une fois pour toute. » Elle était très réaliste, sans illusions sur elle-même. Elle savait qu’il y avait beaucoup de choses à convertir. Elle se donnait, mais toute conversion est un chemin de croissance. Et ce n’est qu’à notre mort, que notre vie sera véritablement accomplie.

Pourquoi dire merci à Bernadette ?

Nous pouvons dire merci à toutes les personnes rencontrées. Toute rencontre nous apporte quelque chose, qu’il s’agisse d’une personne sur le même trottoir ou d’une personne qui est déjà dans l’autre monde à l’image des saints du ciel. On peut dire « merci » chaque jour pour ce que Dieu nous donne. Bernadette a été la première pèlerine de Lourdes. Aujourd’hui, nous sommes appelés à vivre ce qu’elle a vécu : rien de moins, rien de plus. On peut se mettre à sa suite, car elle a rempli son rôle de missionnaire ; elle a porté la bonne parole, et a transmis les messages de Marie à l’Eglise. Elle s’est mise à notre service en accomplissant ce que la Vierge lui a confié.

Sainte Bernadette Soubirous, Couvent Saint-Gildard de Nevers, Photo : P. Cabidoche (D.R.)

Charles Péguy écrivait : « Dieu écrit droit avec des lignes courbes. » Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Notre vie n’est pas un long fleuve tranquille. Nous traversons des deuils, des maladies, des épreuves psychologiques, des échecs professionnels, des ruptures dans les relations, des moments de doute… Et pourtant, Dieu est sur le chemin. La vie a un sens. Tout peut concourir à la gloire de Dieu. Cette phrase de Péguy souligne les oppositions apparentes, mais c’est aussi le mystère de la vie.

En quoi Bernadette nous montre-t-elle que les fragilités sont appelées à être dépassées ?

Bernadette a conscience de ses fragilités. « Si la Vierge avait trouvé une personne plus ignorante que moi, elle l’aurait choisie. » Bernadette savait qu’elle était un instrument, et que sa place était cachée : « Je suis le balai dont la Sainte Vierge s’est servie… » La Vierge est passée au travers de cette petite fille pour s’adresser à l’ensemble de la famille humaine. Nous prenons conscience que, sans Dieu, nous ne pouvons rien faire. La fragilité de nos vies est l’occasion de faire l’expérience de la pauvreté spirituelle. Lourdes est un lieu où sont accueillis les plus fragiles. Nous avons besoin de la grâce divine en nous souvenant de cette parole d’évangile : « heureux vous les pauvres. ». Dieu nous rejoint à chaque instant.

Que signifie « glorifier le nom de Dieu » ?

Glorifier le nom de Dieu, c’est reconnaître que le Seigneur a fait de grandes choses ; c’est reconnaître aussi que par Lui, il y a beaucoup de bienfaits. Nous le louons pour sa Bonté qui est sans fin. A nous d’écouter sa Parole, de renoncer à nous-mêmes pour le suivre.

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

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