Marie Cailleaux, et la photothèque du service Archives et Patrimoine du Sanctuaire

Marie Cailleaux, gestionnaire de la photothèque au sein du service Archives et Patrimoine du Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes

 « De par mon environnement familial, j’ai toujours eu une prédilection particulière pour la photo. A cette passion, s’ajoutait celle de l’histoire contemporaine, que j’ai étudiée à l’université de Pau. La vie professionnelle a réuni mes centres d’intérêt puisque, depuis 2007 je travaille au Sanctuaire, où je suis désormais la gestionnaire de la photothèque d’actualité au sein du service des Archives et du Patrimoine.

Au quotidien, je mesure tout ce que m’a apporté ma formation universitaire, qui m’a permis d’envisager la vie contemporaine en considérant l’héritage du passé, qu’il soit politique, culturel ou autre. Par ailleurs, j’ai acquis la capacité à mener des recherches, dans des périodiques anciens ou une banque d’images. Cela est à la fois utile et précieux. A ma démarche, s’ajoute le sens du service : je contribue à mettre en lumière ce qui se vit au Sanctuaire, et cette mission me dépasse tout comme elle dépasse chaque personne qui travaille sur place, qui apporte de son temps, de ses compétences et de son cœur pour porter le message de Lourdes.

Peut-être pourrions-nous évoquer le chemin qui m’a conduite au Sanctuaire. Les perspectives professionnelles étaient inattendues, mais elles m’ont ouvert des portes magnifiques, y compris dans ma foi car c’est là que j’ai pu découvrir la beauté du lieu, la force du témoignage de Bernadette et de tous ceux qui viennent se recueillir, en vérité et très simplement, au pied du Rocher.

J’ai fait mes études à l’université de Pau entre 2002 et 2007. La vie de l’Eglise m’intéressait, et c’est ainsi que, pour ma première année de master d’histoire, j’ai préparé un mémoire sur les évolutions des territoires de paroisse, en observant plus précisément la situation locale : comme ailleurs en France, les prêtres, tout comme les fidèles, étaient moins nombreux… ce qui n’était pas sans conséquence sur l’organisation à mettre en place face à ces nouveaux défis.

Ce sujet m’a fait entrevoir une autre réalité au regard de l’intérêt de ma professeur référente, Sylvaine Guinle-Lorinet, pour le Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. En master 2, j’ai pu ainsi effectuer un stage de trois mois sur place, afin de mener à bien mon mémoire de fin d’études : il portait cette fois sur l’histoire de la communication et des médias de 1858 à 2008, au sein du Sanctuaire. J’ai ainsi découvert « l’envers du décor » ; j’ai vu comment travaillaient les services, notamment au sein de la communication. J’entrais dans un monde nouveau pour moi. J’avais une culture catholique, la foi avait une grande place dans ma vie… mais je connaissais peu l’histoire de Lourdes. Un nouveau chemin s’ouvrait à moi.

Quand j’ai poussé la porte du Sanctuaire, j’ai d’abord été frappée par la personnalité de Bernadette. Avant même d’entendre le message de la Vierge pendant les Apparitions, j’ai découvert le caractère entier, sincère et vrai de Bernadette. Je me souviens avoir lu un livre du Père Laurentin. J’ai retenu les paroles de celle qui était l’amie de Marie : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire… » J’ai aimé sa force, son humilité, sa pauvreté de cœur. Bernadette est très contemporaine et actuelle à travers sa manière d’être. Elle porte un message d’évangélisation magnifique.

En remettant mon rapport de stage, j’ai laissé un curriculum vitae au Sanctuaire, et j’ai eu la belle surprise d’être contactée peu après pour assurer, pendant quelques mois, une campagne de numérisation des archives du Bureau médical. Le responsable du Bureau médical était alors Patrick Theillier et, entre mes mains, j’ai vu passer des dossiers de nombreuses personnes qui attestaient de leur guérison par des photos, des témoignages, des certificats médicaux. Cela m’a touchée en plein cœur. J’étais saisie par ce qu’il m’était donné de découvrir, et d’approcher de si près les souffrances que l’on peut éprouver sur la Terre, mais aussi les grâces qui se répandent sur l’humanité.

Ce premier contrat de travail au sein du Sanctuaire allait marquer un tournant, puisqu’en 2008, j’étais recrutée pour devenir la gestionnaire de la photothèque. A l’époque, mes tâches portaient essentiellement sur les recherches d’illustration de Lourdes Magazine, sous la direction de François Vayne. C’était aussi l’année du jubilé ; on fêtait le 150e anniversaire des apparitions. Le pape Benoît XVI venait à Lourdes… J’ai tout de suite été plongée dans le « grand bain ». Sollicitée de part et d’autre, j’ai eu beaucoup de travail et cette expérience a été très riche et formatrice.

La banque d’images du Sanctuaire a été constituée en 2004, avec l’arrivée de la photo numérique. Nous disposons aujourd’hui de plus de 100 000 photos. La prise de conscience de l’intérêt patrimonial de cette banque d’images a conduit à rattacher la photothèque d’actualité au service Archives et Patrimoine en 2012. Il nous revient de mettre ces photos à disposition de tous ceux qui nous sollicitent ou de les mettre en valeur à travers nos propres réalisations. Les usages sont divers : illustrer un livre, faire une affiche, préparer des panneaux, concevoir une exposition, répondre à des demandes de la presse, de directeurs de pèlerinages ou de présidents d’hospitalité qui veulent faire un « livret du pèlerin »…

Dans mon travail, je dois porter une attention particulière au moment d’indexer les photos ; il importe de le faire de façon précise et complète… ce qui permettra de faciliter les recherches thématiques, et de disposer de tous les renseignements nécessaires, comme celui du nom du photographe.

Présente à Lourdes depuis presque dix ans, j’ai une bonne connaissance de la banque d’images, ce qui me permet de répondre aux attentes de façon efficace.

 Le travail de recherche est aussi important, notamment quand nous collaborons à des ouvrages, comme cela a été le cas avec la collection « Expliquez-moi » de Mgr Perrier. L’une des facettes du métier est aussi la recherche de photos pour la mise en valeur du Sanctuaire à travers des expositions que le service Archives et Patrimoine conçoit. Je suis, sur ces actions, étroitement associée et collabore directement avec Pascale Castillo.

Au boulevard Sempé, les pèlerins et visiteurs s’arrêtent volontiers pour regarder ces magnifiques images qui, d’une année à l’autre, disent les temps forts du Sanctuaire et aussi la beauté de son message. Tour à tour, ils auront pu revivre l’élan de solidarité après les inondations de 2012 et 2013, la visite du Pape Benoît XVI, les beaux moments partagés avec la conviction que Lourdes est une « école de la vie », ou encore méditer sur la façon dont la miséricorde se vit à Lourdes.

Parmi les autres expositions que nous avons pu réaliser, je pourrais citer celle qui, en 2013, a permis de retracer l’évolution de l’espace de la Grotte. Nous avons pu disposer de cartes postales anciennes, que des bénévoles nous ont aidé à trier, à indexer… On y voit les étapes successives : les grilles, les autels de l’époque, les béquilles laissées par les personnes malades… Aujourd’hui, on peut constater comment on retrouve la simplicité première de la Grotte, avec les aménagements récents.

Depuis quelques années, une exposition est aussi présentée dans les murs de l’Accueil Notre-Dame. Cette année, le Sanctuaire fête le 20e anniversaire de l’Accueil, et la préparation de cette exposition nous a conduits à répertorier des documents qui datent de la construction, de l’inauguration, des premiers pèlerins accueillis… Il importe de classer et de conserver tous ces documents. Lourdes Cancer Espérance avait été mis à l’honneur en 2015, pour les 30 ans de l’association.

Je crois beaucoup à la force de la photo. Une belle image en dit plus que les mots. Je suis moi-même saisie par ce que je vois, derrière mon écran, quand je découvre tel ou tel reportage. Même si je ne suis pas présente sur place, je partage des instants forts, comme l’est par exemple la célébration de l’onction au pèlerinage LCE. C’est très émouvant. On ne peut le décrire, sinon le sentir avec le cœur.

Si vous partez à la découverte du domaine, vous trouverez des panneaux illustrés de photos comme par exemple ceux qui visent à décorer le centre d’information. Sur les murs de l’église Sainte-Bernadette, une autre exposition est présentée pour porter le message de l’archiconfrérie de Notre-Dame de Lourdes. Les photos témoignent de la façon dont Lourdes rayonne dans le monde entier : on y découvre de petits sanctuaires dédiés à Notre-Dame de Lourdes, tout comme des établissements scolaires ou divers bâtiments. Un premier fonds photographique avait été constitué au fur et à mesure par Lourdes Magazine et le Père Régis-Marie de la Teyssonnière, qui avait parcouru le monde entier.

A travers mon métier, je suis heureuse de contribuer à montrer ce qui se vit de beau, de fort, d’universel à Lourdes. Je donne le meilleur de moi-même pour remplir ma mission, en gardant dans le cœur le message de Bernadette qui nous aide à avancer dans la foi. »

Propos recueillis par Béatrice Rouquet