« Soyons unis dans le souci du frère et solidaires dans la prière »

Prier pour le monde (Photo P. Cabidoche D.R.)

A l’heure où la pandémie du coronavirus/covid 19, fait voler en éclats nombre de repères, une question se pose : « Sur quoi repose ma vie ? » Dans ce qui a visage de « chemin de croix », Dieu n’est pas absent  et il combat avec son peuple, avec la certitude que « chacun est responsable des autres, à titre individuel et collectif », comme l’explique le Père Michel Pagès, aumônier national de Lourdes Cancer Espérance. Si la réalité du mal s’exprime aussi par l’endurcissement des cœurs, et les excès de tout ordre, c’est précisément dans ce monde imparfait, que Jésus s’est adressé à ses disciples pour leur apporter la lumière : « Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : je suis vainqueur du monde ». Aussi, tout ce qui peut favoriser le bien du plus grand nombre est à saluer, à valoriser et à respecter. « Notre vie ne peut se réduire à nos intérêts, et le cas échéant, nous pouvons vite en faire le tour », explique le Père Michel Pagès. Cette guerre sanitaire peut révéler à chacun, de nouveaux visages de services. Comme au prêtre qui, face aux inquiétudes, vit une véritable « pastorale du téléphone, des mails et des SMS », de « l’encouragement » et participe ainsi à une «authentique « communion spirituelle ». Le plus grand danger pour notre salut n’est-il pas de se refermer ou de s’enfermer, (et malgré le confinement) ce qui détruit l’œuvre de Dieu en actes et les relations avec les autres ? Comme l’écrit Romano Guardini dans son livre « Le Seigneur » : «  Quand la Parole ne rencontre aucune bonne volonté et que son temps est écoulé, non seulement elle disparaît mais elle rend sourd ; non seulement elle quitte le cœur de l’homme, mais elle l’endurcit. Alors l’homme s’installe dans le monde, y est peut-être habile, intelligent, généreux et plein d’autres qualités, mais fermé obstinément au message venu dans la personne du Christ. Mais ‘que sert à l’homme de gagner tout l’univers, s’il vient à perdre son âme ?’ (Mt 16, 26)

Entretien avec le Père Michel Pagès.

Vous dites que dans une période de péril, il faut accepter d’entendre l’exigence de la vérité que donne Jésus. Qu’entendez-vous par là ?

Bien souvent, d’aucuns diraient que l’Eglise, le péché, et la confession sont des concepts dépassés. Mais ce n’est pas toujours le cas, et les limites dues à notre condition humaine, qui sont criantes à l’heure de la pandémie, révèlent un « état des lieux de nos vies ». Jésus nous invite à cette vérité. La crise sanitaire nous oblige aujourd’hui à vivre le confinement dans nos lieux de vie pour nous mettre en retrait et protéger nos vies et celle des autres. J’aime cette citation de Simone Weil qui expliquait que : « La visée du mal, c’est de m’empêcher de reconnaître que l’autre existe. » Ce temps de recul invite à mieux voir les autres, autrement, et sans repli du coeur. Il faut vivre de ces gestes concrets de fraternité, et tous les jours, nous pouvons en être les témoins.

Dieu ne cesse d’appeler à la vie. Il est Maître de la vie.  De quelle manière en sommes-nous dépositaires ?

En nous appelant à la Vie, Dieu attend une réponse. Dieu ne peut se passer d’engendrer, d’être fécond. La parole qui donne vie, c’est le don de Dieu. Toute parole doit susciter en l’autre une forme de réponse. Si on le transpose dans nos relations humaines, alors nous sommes invités à reconnaître les autres, à en prendre soin pour en révéler « le Maître ».

Couvent Saint Gildard, Nevers (Photo P. Cabidoche D.R.)

Lors de la période de conflit avec les Prussiens, au 19e siècle, le couvent de Nevers où se trouvait Bernadette a été réquisitionné pour accueillir les blessés. Bernadette disait craindre bien plus les mauvais catholiques que les Prussiens. Qu’est-ce que cela nous révèle ? En quoi son message est-il actuel ?

Le « mauvais catholique », c’est celui qui se replie sur lui-même. Bernadette était aide-infirmière : elle apportait la tisane, soignait les blessés. Elle savait qu’il fallait aller au-delà des apparences, et qu’il fallait toujours donner un témoignage de charité, de vérité, dans nos rapports aux autres. Jésus voit toujours au-delà des apparences. Dans le pécheur, dans le publicain, dans le bandit, dans la pécheresse publique, il voit autre chose que l’évidence première. Nous sommes appelés à vivre comme « une renaissance ». Jésus a assumé notre condition humaine, et a été cloué sur le bois de la Croix en prenant sur Lui nos péchés, c’est-à-dire tout ce qui nous empêche de « renaître à la vie de Dieu », « à la pleine mesure que Dieu veut pour nous ». C’est cela « être réconciliés avec Dieu ». C’est cela « être sauvés. Jésus peut toucher les cœurs endurcis. Il y a toujours un chemin de salut, un chemin d’espérance

Pourquoi Dieu permet-il l’épreuve si ce n’est pour nous délivrer d’un danger encore plus grand ?

Quand un individu prend conscience de ses fautes, quand une société comprend qu’elle s’est égarée, le chemin sur lequel on se perd peut devenir un chemin de libération. Dieu nous laisse aller jusqu’au bout de notre liberté et parfois nous allons jusqu’au fond de la piscine, afin de donner un coup de talon et ainsi remonter à la surface. Tout nageur le sait. La conversion est le moyen de revenir vers Dieu, de revenir à un chemin de vérité, de justice, de sainteté.

Pourquoi invoquer saint Joseph ?

J’aime à voir en saint Joseph, sa docilité à la volonté de Dieu. Il a écouté l’envoyé du Seigneur qui lui disait de prendre Marie pour épouse (Mt 1, 20-23) ou encore de protéger l’enfant et de partir vers l’Egypte (Mt 2, 13) puis de revenir (Mt 2, 19-20). Il a été attentif à ce qui lui était demandé et y a trouvé son bonheur. Le pape François a été intronisé un 19 mars, fête de la saint Joseph, et il a confié le monde à ce saint, qui avait veillé sur Marie et Jésus durant leur vie terrestre. De plus, il a confié à saint Joseph, l’Eglise mais aussi toute la création. Notre vocation chrétienne c’est de « se garder les uns les autres ». Saint Joseph, « le gardien » qui nous apprend à « nous garder les uns les autres ». L’homme s’est parfois égaré dans les excès de toutes sortes, le gaspillage ; en vivant au-dessus de ses moyens au point que la planète en pâtit. La foi, c’est de faire confiance à Dieu et à Jésus ; être docile à ce qu’Il nous demande « pour un bien ». Nous sommes appelés à veiller sur les autres. Nos limites ne doivent pas nous conduire au défaitisme, mais bien à rebondir. Soyons solidaires et unis dans le souci du frère et dans la prière.

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

En guise de conclusion, en ces temps difficiles, peut-être pouvons-nous prier avec le Psaume 85.

Écoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.

Veille sur moi qui suis fidèle, ô mon Dieu, sauve ton serviteur qui s’appuie sur toi.

Prends pitié de moi, Seigneur, toi que j’appelle chaque jour.

Seigneur, réjouis ton serviteur : vers toi, j’élève mon âme !

Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent,

écoute ma prière, Seigneur, entends ma voix qui te supplie.

Je t’appelle au jour de ma détresse, et toi, Seigneur, tu me réponds.

Aucun parmi les dieux n’est comme toi, et rien n’égale tes œuvres.

Toutes les nations, que tu as faites, viendront se prosterner devant toi et rendre gloire à ton nom, Seigneur,

car tu es grand et tu fais des merveilles, toi, Dieu, le seul.

Montre-moi ton chemin, Seigneur, que je marche suivant ta vérité ; unifie mon coeur pour qu’il craigne ton nom.

Je te rends grâce de tout mon coeur, Seigneur mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom ;

il est grand, ton amour pour moi : tu m’as tiré de l’abîme des morts.

Mon Dieu, des orgueilleux se lèvent contre moi, des puissants se sont ligués pour me perdre : ils n’ont pas souci de toi.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité !

Regarde vers moi, prends pitié de moi. Donne à ton serviteur ta force, et sauve le fils de ta servante.

Accomplis un signe en ma faveur ; alors mes ennemis, humiliés, verront que toi, Seigneur, tu m’aides et me consoles.

Désert de Judée et Mer Morte, Terre sainte (Photo P. Cabidoche D.R.)