Père Michel Pagès, échos de la retraite annuelle 2019 : peut-être un cheminement commun…

Regardons bien notre famille LCE…

Nous avons, tous et toutes, vocation à prendre les personnes là où elles en sont et comme elles sont, souvent « appauvries », «
fragilisées » ou « démunies » par la réalité du cancer et de ses défis.

Comment accueillons-nous les personnes et les situations ?
De haut ou de trop près ? Quelle est notre écoute réelle ? Savons-nous tout à l’avance ou écoutons-nous tout ?

A LCE nous avons l’opportunité concrète de situations de vie où il faut, plus qu’ailleurs, prendre les personnes où elles en sont. Et les ayant
accueillies, leur donner une place dans nos délégations, combattre avec elles, résister, tenir, crier vers le ciel avec les fardeaux, les visages d’injustice, les écrasements.

Chacun sait ce que cela représente de patience, de temps, de gratuité, de fatigue et de confidentialité aussi ! Mais aussi, et souvent à
plusieurs, d’émerveillement, de forces insoupçonnés et cachées, de dons mutuels…

Bien au-delà de nos forces ou de nos limites, les chrétiens que nous sommes, nous savons que l’enjeu c’est une présence, quelqu’un qu’on
appelle Christ et qui est « venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19, 10-11) et à qui nous pouvons tout confier. L’enjeu c’est aussi la prière, la confiance que l’on met en Lui et notre capacité à tout Lui confier, lui « qui marche avec nous »…

Regardons bien notre famille LCE…

Il est arrivé maintes fois, et l’on a su le partager dans nos délégations, que nous éprouvions, dans ce qui nous « appauvrit », la mystérieuse expérience du « dépouillement nécessaire », je veux dire « d’un mal pour un bien ». Les chrétiens que nous sommes, nous savons que cela

ressemble à « l’expérience de l’enfance spirituelle ». Se redécouvrir « enfant » qui ne maîtrise rien mais qui peut faire confiance en tout.

Comme des « désencombrements nécessaires » qui viennent nous libérer de tant de poids ou de choses à relativiser. Comme si Dieu intervenait pour nous transformer, réorienter notre vie et nos poids et creuser en nous, ce qu’on appelle « le vrai désir ». Tant de peurs nous retiennent et nous empêchent ! Chacun sait qu’il a « des besoins » essentiels et immédiats, avec des degrés d’importance. Mais, au fond de lui, mystérieux, illimité, capable de redonner souffle, le « désir d’exister » !

Voilà le secret qui se cache dans l’expérience de nos dépouillements, le « désir de vivre » et de vivre d’une certaine plénitude et qui se nomme  « Dieu avec nous»…

Regardons bien notre famille LCE…

Il arrive fréquemment, que, par la médiation des sacrements de l’Eglise, dans nos délégations, beaucoup font l’expérience que Jésus
lui-même « fait signe » et rejoint ce que nous vivons. Comme une « force de guérison » qui touche le corps et l’âme. Moments uniques, à LCE, où les sacrements de Réconciliation et d’Onction portent des fruits insoupçonnés !

Comment parlons-nous de cette Réconciliation nécessaire, de ces mots nécessaires où l’on confie ce qu’on a porté longtemps comme un poids, un boulet ? Comment témoignons-nous de cette « libération » si profonde et pourtant si éloignée de nos quotidiens, alors même qu’elle veut nous rejoindre ? Nous savons la grâce propre de l’Onction où le Seigneur Jésus passe au milieu de nous comme il le faisait alors… Nous faisons l’expérience du Seigneur qui touche notre « maladie », ce « mal-a-dit », ce « mal-qui-dit » et qui nous murmure et nous bloque.

Expérience nécessaire et réelle des sacrements qui sont les « signes efficaces » du Christ parmi nous et dans le temps des hommes. « Quand
vint l’accomplissement du temps, Dieu envoya son fils, né d’une femme…» (Galates 4,4). « Que veux tu que je fasse pour toi ? » dit Jésus à l’aveugle de Jéricho (Luc 18,41). Comme si Dieu, en Jésus, attendait qu’on lui expose nos fissures, nos failles pour y œuvrer ! Dialogue mystérieux et pourtant si lumineux avec la Samaritaine (Jean 4, 1-30) où d’une « soif basique », Jésus suscite une « soif de vie et de guérison
» qui touche ses relations, ses secrets et finalement son désir de vivre…
Sommes-nous conscients de cela ?…

Regardons bien notre famille LCE…

Tant de témoignages au quotidien, dans notre pèlerinage, notre revue ou nos reportages ! Parce que nous savons que « nous changeons »,
que le Christ et Notre Dame de Lourdes interviennent « pour nous changer ». Nous revenons souvent différents de nos rencontres et de

notre pèlerinage, c’est un fait. C’est alors, notre vie chrétienne toute entière qui prend sens et corps. Le chrétien est un « re-né », un « re-tourné », un «converti » qui a « changé de figure », un « trans-figuré ». Comment sait-on que l’on a changé ? Peut-être dans notre manière de « communiquer ». Pas seulement le « verbal » (20%) mais le « non-verbal » (80%). Car il y a « ce que l’on dit » et « la façon » dont on le dit » ou le signifie …intonation, débit, sous-entendu, regard, sourire, posture, gestes…Peut-être aussi, par notre empathie qui est notre capacité à comprendre, à ressentir…en s’oubliant un moment, en ouvrant son cœur, en respectant sans juger, avec souplesse et adaptation à la personne, avec humilité et peut-être sens de l’humour…

Peut-être enfin, par une attitude prophétique, au sens où c’est « au nom de Dieu » et pour lui que nous agissons et il se sert de nous. Et on peut être prophète sans le savoir ! Certaines « bonnes paroles » ou « bonnes attitudes » viennent du fait que nous avons su « bien écouter » et « bien transmettre »… « être différent » c’est peut-être cela, « être signe d’un Autre » qui est Dieu et qui agit « par nous »…

Accueillons le témoignage lumineux de Sœur Dolorès, qui fut enseignante bibliste à l’université pontificale de Comillas à Madrid et qui « a
perdu sa voix »…

« Il m’a fallu tout un processus personnel pour l’accepter…mais j’ai cette confiance éperdue que Dieu travaille en moi et que ce travail est bon, même si parfois, je ne le comprends pas… La vie a souvent pour mission de nous dépouiller, mais comme le disait Jean Vanier, fondateur de
l’Arche :  « Nous naissons faibles, nous mourons faibles mais, entre les deux, nous passons notre vie à essayer d’occulter notre faiblesse »…

Car il s’agit bien de débarrasser d’un masque de puissance pour faire confiance en Dieu et à son œuvre en nous…

Les premiers chrétiens ont su adapter leur espérance aux situations difficiles et ne pas perdre leur joie de croire…Un Dieu qui, en Jésus, vient partager notre condition humaine, c’est le secret…

La vie nous dépouille souvent mais l’Evangile nous donne les clés pour vivre ce dépouillement… 

Père Michel Pagès,

aumônier national LCE