Echos d’une retraite pour se « décabosser » …

Il est vrai de dire qu’en préparant cette retraite, j’avais dans le cœur, deux influences fortes. D’une part, le climat anxiogène de cette longue période covid avec ses conséquences en nos vies et au sein de notre famille LCE, qui a pourtant vocation à vivre l’Espérance. Et d’autre part, le thème de notre prochain pèlerinage à Lourdes qui est l’envoi de Notre Dame adressé à Bernadette et à nous, de vivre la mission de l’Eglise : « Allez dire ». Mission qui consiste à annoncer une « Bonne Nouvelle », celle de Jésus bien sûr, mais aussi celle de Lourdes, qui prend souvent le visage de la guérison et d’un renouveau d’Espérance.

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Dès lors, il m’a semblé plus qu’urgent de commencer par nous interroger sur ce que le mot « relation » voulait vraiment dire pour nous… Ce mot exprime fort notre vocation à LCE, de donner un visage à « nos relations » mais aussi à « notre relation à Dieu », à y puiser une force.

S’essayer à « aimer », c’est rechercher une présence, cultiver un lien, vivre un partage. C’est se mettre en situation d’écoute mutuelle et libre, telle une authentique « relation ». Etre en « relation » avec Dieu, avec Jésus, avec Marie, c’est cultiver aussi un « lien », y trouver une force et une intimité qui nous fait espérer toujours. Chacun connaît les difficultés à toute relation, comme celle de la « pression des urgences » qui empêchent toute vraie relation. Mais aussi « l’encombrement intérieur » qui nous empêche d’être authentiquement présent à une relation. Et puis « l’ennui ou de l’aridité » qui nous fait douter de la valeur d’une relation. Alors même que c’est une invitation à chercher plus profond en nous et autour de nous. Dès lors, il faut se remettre à écouter et prendre soin de ce qu’il y a de plus précieux en nous et chez les autres. Redonner un visage à notre prière, personnelle et communautaire. Redonner une réalité à notre rapport à la Parole de Dieu qui est une invitation permanente à la « relation » et au dialogue avec lui…

Ensuite, il importe d’affronter les défis d’une « actualité sur l’Eglise » parfois difficile et qui, pourtant, a vocation à nous faire vivre du trésor qui nous est confié…En Eglise, nous sommes fait pour respirer l’air du large, pas le repli ou la peur. Les critiques, les erreurs, les manquements ne manquent pas sur l’Eglise, mais sommes-nous au fait de la réalité même de l’Eglise ?

Je veux parler de ce fil rouge de la Bible qui nous montre les « moyens pauvres » que Dieu donne et Jésus aussi dans son Evangile… « le petit peuple d’Israël », « les Douze ordinaires et imparfaits »,  l’humanité même de Jésus qui veut habiter ce monde par une incarnation concrète et pauvre, le langage évangélique lui-même, comme la parabole du bon grain et de l’ivraie qui nous dit de laisser pousser ensemble le bon et le mauvais (Mt 13, 24-30). Et si nous y faisons attention, l’évènement même de Lourdes, avec la sobriété de la grotte, la petite Bernadette, une famille démunie et peu instruite…Acceptons-nous vraiment ces « moyens pauvres » pour nous sauver et nous relever ? Acceptons-nous de nous reconnaître « pauvre » d’une façon ou d’une autre ?

 

L’Eglise est « pécheresse en ses membres et sainte en son essence » dit la théologie. De cette réalité nous devons apprendre à redécouvrir la force qui est en Dieu et qui nous dépasse, mais veut avoir besoin de nous et de nos pauvretés. LCE sait qu’il faut nous accueillir pauvres et malades pour construire ensemble quelque chose « de Dieu » qui nous dépasse mais nous réjouit, dans son Eglise…

Encore, dans une société fracturée et souvent négative, nous retrouver sur le mot-clé de notre famille LCE, « l’Espérance »…Notre identité propre à LCE repose sur le mot « Espérance ». Nous vivons un monde souvent pessimiste, menacé de toutes parts, et qui semble perdre toutes valeurs. Certains disent qu’il s’agit, « non de la fin du monde mais la fin d’un monde » ! La tentation peut être celle de « la désespérance » qui nous empêche d’accueillir et d’approfondir l’Evangile.

Il suffit de relire le récit de la tempête apaisée (Mt 8, 23-27) pour comprendre que « rien n’est jamais perdu de notre Espérance ». Il suffit de relire le récit des pèlerins d’Emmaüs (Luc 24, 13-35) pour « être rejoints dans nos fuites ou nos peurs » et retrouver le bon chemin. Espérer c’est se savoir limité, fragile et pauvre mais se laisser rejoindre par quelqu’un qui nous relève. C’est prendre la vie comme elle est et y appeler une autre présence, une force qui, de Dieu, n’a pas vocation à manquer quand on la sollicite. C’est enfin, prendre conscience que l’Espérance est contagieuse. Cela aussi est surprenant, mais c’est cela qui nous fait avancer…

Enfin, revenir à Marie qui est au cœur de notre démarche à Lourdes. Je veux parler de sa personne, pas seulement du lieu où elle nous accueille !… Le message biblique lui donne une place qui paraît modeste, mais elle est l’expression même des « moyens pauvres » que Dieu choisit pour nous rejoindre et nous réveiller. Les évangiles la situent comme annonciatrice de l’oeuvre de Jésus, en qui elle met toute sa foi et s’efface.

C’est sans doute cela qui nous la rend si proche et aimante, si accessible et ouverte à plus qu’elle. Comme elle, nous sommes « sous le régime de la foi ». Le Concile Vatican II l’a placé au sein même du « mystère de l’Eglise » évoquant « le pèlerinage de la foi » pour l’Eglise que nous sommes (Constitution sur l’Eglise Lumen Gentium n°8). Nous comprenons, par elle, que nous avons à être comme « le berceau » d’un événement qui nous dépasse et qui nous sollicite sans cesse. Par Marie, qui est femme et mère, réapprenons « la maternité de l’Eglise » dont nous sommes les membres nécessaires et dignes. Réentendons l’appel et l’envoi permanent de Marie qui, à Lourdes, veut nous réconcilier avec l’Eglise. Notre monde a tant besoin de cette parole de proximité et de confiance qui nous fait les annonciateurs d’une « bonne nouvelle » avec Marie…

Père Michel Pagès,

aumônier national LCE

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