Jean Pradelles : « Nous avons tous des talents à faire fructifier »

Photo E. Bielle - D.R.

Jean Pradelles aime à commenter l’évangile du Bon Samaritain qui, sur son chemin, s’est arrêté pour venir en aide à l’homme blessé. « Notre prochain, c’est celui que nous faisons proche : ce n’est pas forcément quelqu’un de notre entourage, mais le sans-logis, le migrant, le prisonnier, le malade… Si nous aimons en vérité, nous faisons ce qui est juste. Nous oublier nous-mêmes pour les autres, c’est partager ce qu’il y a de meilleur en nous. Nous pouvons donner de notre temps, de notre tendresse, de notre argent, à l’image de la veuve qui donne une obole : les deux pièces qu’elle remet ont une portée plus large que bien des trésors car elle place toute sa confiance en Dieu. La mission du Christ, c’est porter l’amour sur la Terre.

J’aime la chanson des Frangines : ‘Sans amour, nos vies sont dérisoires’ que l’on peut mettre en parallèle avec le texte de saint Paul : ‘Si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.’ Quand nous regardons quelqu’un, il faut essayer de le voir avec les lunettes du Bon Dieu qui, tel un ophtalmo, va nous exercer à la compréhension, à la bienveillance… Dieu voit toujours le bien. Quand nous n’aimons pas, nous faisons le contraire de ce à quoi Dieu nous appelle. Nous nous positionnons toujours par rapport aux autres. C’est dans les yeux des autres que se reflète l’amour que nous avons donné ou pas donné. Un regard ne trompe pas.

 

Jean avec Sœur Cros : une fraternelle complicité - Photo B. Rouquet - D.R.

Dans l’émission ‘Passeur de mot’ diffusée sur RCF pays tarnais, j’ai pris appui sur un livre qui parle d’amour en vérité : ‘Jade et les sacrés mystères de la vie’. Il est écrit ceci : « L’homme ouvre son cœur, car c’est l’endroit que Dieu donne comme rendez-vous quand il veut rendre visite à quelqu’un.’ C’est Dieu qui s’engouffre.

Dans ma vie, il m’a tenu à cœur de m’engager, d’être auprès de ceux qui souffrent, de rendre visite aux prisonniers, d’accompagner les gens du voyage, les personnes malades, de transmettre la Bonne Nouvelle, de chanter mon espérance… Dans les visages rencontrés, j’ai vu le Christ souffrant, délaissé, abandonné. On se sent impuissant par rapport à cela, mais on peut dire : ‘Seigneur, je te fais confiance.’ Tout est grâce. » Entretien avec Jean Pradelles.

Comment comprendre cette phrase : ‘le diable se cache dans les détails’ ?

On peut être quelqu’un de très bien, et puis, il peut y avoir des petits grincements de dent, auxquels on ne fait pas attention. C’est la porte ouverte pour faire entrer le mal. Prenons l’exemple d’une machine bien rôdée. Tout va bien. Et puis, au fur et à mesure la rouille encrasse le mécanisme. Si on ne le répare pas tout de suite, le mal va grandir et, un ou deux ans plus tard, la machine sera hors service. Tout est important. Il n’y a pas de petits détails : une fleur offerte, un sourire, ou à l’inverse, un pardon refusé…. Tout cela va être mis bout à bout, avec la possibilité que la machine se grippe.

Photo E. Bielle - D.R.

Cela ne fait-il pas écho à la parole de Jésus : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Tout le reste vient du démon. »

J’ai dans le cœur cette phrase de Jésus : « C’est moi qui vous ai choisis ». Nous sommes libres de répondre oui ou non. Si nous disons non, l’affaire est classée. Mais si nous disons « oui », alors notre oui est un engagement. Cela engage notre responsabilité. Le responsable, c’est celui qui est capable de donner une réponse. Dans la société, on a tendance parfois à rejeter la faute sur les autres. Le chrétien dit pour sa part : ‘Je suis responsable de ma foi et de mes actes.’ Notre vie signifie quelque chose dès lors que nous nous engageons, que nous prenons au sérieux le commandement d’aimer son prochain comme nous-mêmes, et cela va jusqu’à l’amour des ennemis. 

Le Pape François le commente dans Fratelli Tutti : «  Nous sommes appelés à aimer tout le monde, sans exception. Mais aimer un oppresseur, ce n’est pas accepter qu’il continue d’asservir, ce n’est pas non plus lui faire penser que ce qu’il fait est admissible. Au contraire, l’aimer comme il faut, c’est œuvrer de différentes manières pour qu’il cesse d’opprimer, c’est lui retirer ce pouvoir qu’il ne sait pas utiliser et qui le défigure comme être humain ». Même le plus petit, le plus malade a quelque chose à faire sur terre. Nous avons tous un bagage, autrement dit des talents. Il faut les faire fructifier. C’est la parabole du grain tombé en terre et qui a vocation à donner du fruit. S’il est dans une bonne terre, alors le grain va fructifier, mais la terre se travaille…

Qu’en est-il de la prière ?

Parfois, on utilise la prière comme si c’était une solution magique. Certaines personnes vont prier pour qu’une situation difficile se solutionne ; dans le cas où les choses ne s’arrangent pas, elles en viennent à penser que Dieu ne les a pas écoutées. Mais la prière, c’est dire toujours : « que ta volonté soit faite’. La prière c’est un : « S’il te plaît », et non une exigence. La prière, c’est se fondre dans l’amour de Dieu. Prier pour un ennemi, c’est le confier à Dieu. Dans un article du journal la Croix, du 3 juin 2021, Marie- Dominique Trebuchet, théologienne de l’institut catholique de Paris, dit que : « Aimer, c’est faire son métier d’homme. » On peut aussi penser à cette chanson de Georges Brassens : l’Auvergnat. Celui qui accueille, qui offre à manger et à boire, qui prend soin… celui-là fait son métier d’homme. Quand on fait le bien, alors dans son cœur, il y a quelque chose qui rayonne.

Jean avec Pierre Pradelles, son frère, et Gilbert Gafah - Photo E. Bielle - D.R.

Comment comprenez-vous cette phrase : « De la mort, jaillit la vie » ?

On peut prendre une image pour l’évoquer : avec les déchets, on va faire du compost, redonner du tonus à la terre. Si la mort n’existait pas, on ne pourrait pas vivre. Une maman, qui porte son enfant dans son sein, va le mettre au monde pour qu’il vive. La vie jaillit car le Christ est venu nous apporter le Salut. Il est Ressuscité et nous a ouvert les portes du Royaume. La vie en plénitude, c’est faire ce pour quoi on est fait. J’ai dans le cœur cette chanson que mon frère Pierre avait écrite : « Ensemble, donnons du sens à nos vies. Ensemble, donnons du goût à la vie. » On peut donner du goût à la vie des autres, en leur donnant le goût de vivre. Cela passe par une présence, un travail, un art… Parfois les gens disent : ‘une chanson m’a redonné le goût de vivre’… On peut donner le goût de vivre à quelqu’un par un geste ou une parole. Ce n’est pas l’apanage des chrétiens, mais celui du Bon Dieu qui s’adresse à tout le monde. Nous sommes uniques et précieux aux yeux de Dieu. Ensemble, vivons notre foi et partageons notre espérance…

Propos recueillis par Béatrice Rouquet.

 

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