Question de foi – ‘Bon’ et ‘mauvais’ larron

L’Evangile de Saint Luc (23, 39-43) met en lumière le « bon » et le « mauvais » larrons…

« L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Le Père Michel Pagès, aumônier national de LCE, nous dit comment la Résurrection ouvre vers la « Vie plus que la vie ». Il nous commente ce passage d’Evangile :

Au moment d’être crucifié, Jésus a été « mis au rang des malfaiteurs », comme l’a relaté Saint Paul. La crucifixion était réservée aux bandits de grand chemin, capables de toutes les abominations. En donnant sa vie, Jésus s’est montré solidaire de tous, y compris de ses compagnons d’infortune représentés par ces deux larrons. Comment faut-il comprendre ce signe que Jésus nous adresse ?

Il faut se plonger dans le chapitre 23 de l’Evangile de Saint Luc pour découvrir, dans le détail, comment Jésus s’apprête à partager la condition des « deux larrons » auxquels on a réservé la mort la plus infâme : celle qui résulte de la croix. Il est fait mention que « l’on emmenait avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter ». Je remarque à cet instant le terme : « avec » – qui témoigne de la solidarité de Jésus. Il n’est pas venu pour le salut de quelques-uns mais pour celui de la multitude y compris des plus lointains. A cet instant, le « bon » et le « mauvais » larrons vont pouvoir s’exprimer.

Que nous indique l’attitude des deux malfaiteurs ?
Il faut aller au-delà de ces deux personnages pour percevoir qu’à travers eux, on entend deux voix d’humanité. Chacun de nous peut être tantôt le « mauvais larron » tantôt le « bon larron ». Le premier malfaiteur est dans l’accusation. Il oublie le mal qu’il a commis. Le second, à l’inverse, assume et appelle. Il reconnaît ses limites, et éprouve même un repentir. On saisit comment l’accusation enferme, alors qu’une lucidité libère !

Crédit photo : E.Bielle

Le « bon larron » ne montre-t-il pas ainsi qu’il « reconnaît » Jésus ?

Il a conscience que Jésus « n’a rien fait de mal ». Ses propos frisent la foi. Il ne demande rien d’extraordinaire : « Souviens-toi de moi » Sa demande est humble. Il n’exige rien. Au contraire, le premier malfaiteur sait ce que l’on dit de Jésus : qu’il est le Messie. Mais, dans son attitude, il ne le professe pas ; il cherche son intérêt immédiat. Quand on est dans le repentir, on a un juste rapport à soi-même. Le « bon larron » a une juste conscience de lui-même. Il est vrai, concret, lucide.

Vous insistez sur la notion de « juste distance », « juste présence »… qu’il faut adopter notamment pour ceux qui œuvrent au sein d’une aumônerie en milieu hospitalier…

Quand on va à la rencontre des malades, rien n’est « gagné » d’avance. Chaque rencontre doit se faire dans le cadre d’une relation respectueuse, où on reconnaît l’authenticité de la personne, avec ses limites mais aussi sa grâce. A LCE, nous découvrons des gens qui sont spontanément dans la vérité, la confiance, la confidence. Mais cela n’est pas inné. Il s’agit de quelque chose que le Seigneur éclaire et éduque. Nous devons tous nous poser une question : que puis-je dire à mon frère ? Y-a-t-il des choses que je ne peux pas dire ? Attention à ne pas nous déverser dans des confidences. Quand on découvre la figure du « bon larron », on perçoit qu’il ne se déverse pas. Ce qu’il dit sous-entend beaucoup de choses. Il est ouvert à la fraternité. Pour donner une juste confidence, il faut être à l’écoute de son cœur, mais aussi contrôler sa parole, sa relation. L’autre larron, au contraire, monopolise la parole,  il exige presque une réponse !

Vous évoquez aussi comment, pour parler à Dieu, il faut, non pas crier, mais parler à voix basse…

Quand on a épuisé les cris ou les accusations, l’acceptation et la confiance peuvent se faire jour. Le bon larron demande à « ne pas être oublié ». Il demande un peu, et il reçoit tout : le Royaume. Auprès des malades, on perçoit la grâce des sacrements. On voit comment cela peut les apaiser. Le prêtre est le signe du Christ, mais c’est le Christ qui agit… Je trouve qu’un passage du Psaume illustre bien ce passage de l’Evangile : « Aujourd’hui, si vous entendez ma voix, n’endurcissez pas votre cœur. » Le premier larron est endurci. Or la Résurrection c’est le secret de Dieu. C’est la Vie plus que la vie. Il y a des Résurrections qui se préparent déjà. On peut faire le parallèle avec Bernadette à qui la Vierge a dit : « Je ne vous promets pas le bonheur dans ce monde mais dans l’autre ». La Vierge sait que Bernadette va traverser l’épreuve et les contradictions, mais elle lui promet la Résurrection dans la force de Vie du Christ.

Vous soulignez aussi l’importance qu’il faut accorder aux « joies simples »…

Dans son livre « 1001 vies en soins palliatifs », Claire Fourcade relate sa rencontre avec un monsieur marié depuis plus de 40 ans, et dont la femme est en train de s’éteindre. Sa douleur est immense, mais tout au long de sa rencontre avec le médecin, va s’accomplir un chemin. On se rend compte que l’on peut éveiller des petites choses toutes simples, comme par exemple amener le petit chien à sa femme, qui serait si heureuse de le revoir et pourrait en mourir. Ce sont des petites joies apparemment anecdotiques mais qui annoncent une grande joie. Cela n’est pas sans rappeler l’humilité qu’il nous faut pour nous préparer à la grande vie avec Dieu, pour toujours… mais aussi que ce chemin passe par des petites joies qu’il faut apprendre à faire émerger. Jésus s’est incarné. Peut être faut-il cela pour se préparer à « la grande lumière » ?

Vous aimez à dire que pour le Royaume dont parle Jésus, c’est apprendre à « se désencombrer »…

Le premier malfaiteur est comme « encombré » de ses fautes. Le second les a assumées. Cette épreuve l’a orienté, l’a fait avancer. Mais c’est le mystère du chemin de chacun. Cette vérité appartient à chacun ; on ne peut l’asséner. Jésus nous propose de faire un chemin. Ce qu’il importe de souligner c’est que la Résurrection nous surprendra. Ce n’est pas une conquête, c’est un don.

Propos recueillis par Béatrice Rouquet
 

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