Question de foi : « Laissez-vous conduire par l’Esprit »

« l’Esprit Saint propose à chaque instant une vie nouvelle »

Père Pages

 Suite à l’accueil fait à Mgr d’Ornellas, lors de l’ouverture du pèlerinage 2012, cet appel à vivre de l’Esprit peut nous aider à approfondir la question…

« Puisque l’Esprit est votre vie, laissez-vous conduire par l’Esprit ». Professée par Saint Paul dans la lettre aux Galates (5,25), cette démarche est celle du chrétien qui ne cesse d’être « travaillé » par l’Esprit Saint. Alors qu’il était enfermé dans une logique de persécution, Saint Paul s’est converti et a porté la Bonne Nouvelle à la suite de Jésus. En donnant sa vie pour notre Salut, Jésus, « rempli de l’Esprit Saint », s’adresse à chacun de nous : « Tu n’es pas fait pour la mort. Tu es vivant. » Si « l’Esprit Saint est l’architecte du Seigneur », nous sommes appelés à « prendre conscience des fruits de sa Pâque et à devenir des vivants ». Plus nous sommes fragilisés, plus nous pouvons découvrir la nécessité de l’attention à l’Esprit Saint. Entretien :

Quelle place a-t-on donnée à l’Esprit Saint dans la tradition chrétienne ?

Durant une longue période, l’Eglise catholique a parlé de « la dévotion au Saint Esprit ». L’Occident chrétien a d’abord creusé la notion de « l’humanité » du Christ. Dans les arts, cette approche est devenue manifeste avec les représentations de « Pieta », qui mettaient l’accent sur l’humanité d’une mère accueillant le Christ mort dans ses bras. Dans le même temps, en Orient, l’Esprit Saint était un acteur majeur de la vie chrétienne. Le concile Vatican II a permis un rééquilibrage. Aussi l’Occident chrétien a redécouvert, et de multiples manières, la place de l’Esprit Saint.

Que nous disent les Ecritures sur l’Esprit Saint ?

Dans l’Ancien Testament, on désigne l’Esprit Saint par le mot hébreu « ruah », qui désigne « l’haleine », « le souffle » On n’en parle pas comme d’une personne mais comme « d’une présence », comme « quelque chose de Dieu ». On peut relire les passages de la Bible, où Gédéon est poussé par une « force » qui est avec lui pour délivrer Israël de la main de Madian, ou encore quand il est fait référence à Samson, que « revêt l’Esprit ». On repère « ce souffle » par ce qu’il fait. Il annonce les choses, il montre qu’il est acteur, mais il n’est pas désigné comme une personne. Dans le Nouveau Testament, c’est une autre dimension car l’Esprit Saint est une personne. On peut se référer à l’Evangile de Saint Jean, chapitre 14 : « Je prierai le Père, il vous donnera un Paraclet ». On parle de « l’Esprit de Vérité ». Jésus dit : « Je vais vous envoyer quelqu’un ». Enfin, il est une troisième facette. Pour Saint Paul, l’Esprit Saint c’est l’Esprit du Christ : c’est cet Esprit qui a modelé l’humanité du Christ. Quand on voit Jésus faire, on peut considérer que l’Esprit Saint est une personne qui agit « avec lui »

Que dire du mystère de la Trinité ?

Jésus Christ a vécu de l’Esprit Saint en son humanité pour que notre humanité puisse vivre de l’Esprit. En vivant de cet Esprit, Jésus l’a nommé comme son partenaire. On peut se référer à quelques passages de l’Evangile où est évoquée cette présence de l’Esprit. « J’ai vu l’Esprit descendre sur lui comme une colombe » (Matthieu, chapitre 3).   « Jésus alla en Galilée sous l’impulsion de l’Esprit Saint » (Luc, chapitre 4). Dans ce même chapitre, quand il entre dans la synagogue, il dit : « l’Esprit Saint est sur moi ». Ou encore, il exulte de joie sous l’action de l’Esprit Saint (Luc, chapitre 11). C’est à partir de Jésus que l’Esprit se communique comme une personne. Dans l’Evangile de Jean (7,39), sont rapportées les paroles de Jésus qui dit à celui qui a soif de venir à lui : « Celui qui croit en moi, de son sein, couleront des fleuves d’eau vive. Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. » Jésus montre qu’il vit en relation avec l’Esprit, et nous-mêmes devons vivre cette relation. En nous laissant inspirer par l’Esprit Saint, nous devenons une histoire sainte. Il se joue en nous quelque chose qui s’est joué en Jésus.

Vous dites que l’Esprit Saint est parfois « palpable », mais le plus souvent discret…

J’ai découvert très concrètement sur le fronton d’une église à Ravenne (ville de l’arianisme, épreuve de la division de la foi) cette citation qui fait référence à la lettre aux Ephésiens (4,30) et qui était un appel à la communion: « Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu en vous ». Cela signifie qu’il y a quelqu’un en moi qui est l’Esprit Saint ; or, nous pouvons tous et je peux personnellement le rendre triste. Il est « discret » parce que nous gardons notre souveraine liberté, alors il attend, patiente et espère.

Doit-on entendre qu’il faut être « à la hauteur » ?

Si « je rends triste l’Esprit Saint », c’est parce que je n’agis pas conformément au plan de Dieu. Il y a des gens qui oublient que l’Esprit Saint les habite. La vocation chrétienne s’inscrit dans la conversion permanente. On en prend toute la dimension durant le pèlerinage de Lourdes Cancer Espérance. Le message de Lourdes repose sur plusieurs signes données dans ces paroles : « Pénitence, Pénitence, Pénitence » ou encore « Lave-toi à la source. » L’histoire des Apparitions est pleinement conforme à la révélation de la Bible, un appel à mieux vivre de la vie de Dieu en changeant sa vie !

Vous dites que l’Esprit Saint « suscite notre collaboration »…

Si j’ai conscience que l’Esprit Saint m’habite, je vais me mettre à son écoute pour comprendre ce qu’il veut faire en moi. L’Esprit Saint m’invite à être actif, mais de son côté, il peut rester maître d’agir comme il le souhaite. Aussi, parfois, quand une situation est bloquée, qu’elle n’évolue pas, l’Esprit Saint peut agir sans demander l’autorisation. Soulignons que l’Esprit Saint nous travaille d’une manière personnelle mais qu’il travaille aussi d’une manière collective. Quand il me bouscule, c’est moi qui avance, mais il fait aussi avancer l’Eglise, avancer l’humanité. L’Esprit Saint veut réveiller en nous « l’Homme Nouveau ». Cela va se faire dans le temps.

Sœur Emmanuelle disait que nous portons notre part de grandeur et de misère. Le bien et le mal ne sont-ils pas intrinsèquement liés ?

Quand Saint Paul dit : « Ne contristez pas l’Esprit Saint », cela signifie que nous ne comprenons pas toujours ce qu’il veut faire. Il y a un affrontement constant entre le mal et l’action de l’Esprit Saint. Nous pouvons être prisonniers de nos comportements, enfermés dans une situation inextricable, mais l’Esprit Saint va travailler, dénoncer, casser d’une certaine manière. Et sur les ruines de nos vies, il dit : « je vais te reconstruire. » Dans la lettre aux Romains (8,22), on entend ces paroles : « la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. » L’Esprit Saint propose à chaque instant « une vie nouvelle », voilà « son œuvre » !

Comment l’Esprit Saint procède-t-il pour intervenir dans nos vies ?

Quand l’Esprit Saint veut construire une chose nouvelle, il va « donner », susciter un « charisme ». «  Lourdes Cancer Espérance », c’est un « don » c’est un « charisme ». Mais le charisme n’est pas un but en soi. Il est donné pour construire la charité, pour œuvrer dans l’amour mutuel, pour être au service du frère. L’Esprit Saint est comme l’architecte du Seigneur. Nous sommes faits pour aimer et pour vivre. « Lourdes Cancer Espérance » est un don de l’Esprit Saint à l’Eglise comme l’a dit et redit  Mgr Pierre d’Ornellas, lors du pèlerinage.

A chaque instant, nous pouvons être « tiraillés »…

L’Eglise est une institution voulue par le Christ, mais l’Esprit saint est libre comme le vent. De temps en temps, il bouscule l’Institution. Il faut le juste équilibre entre l’Institution et l’inspiration. Parfois l’Esprit nous parle, mais « il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ». L’Esprit Saint a sa liberté. D’une certaine manière, l’Eglise est un mystère dans le sens où la personne du Christ et l’œuvre de l’Esprit ne cessent de la faire devenir ce qu’elle a vocation à être. Je suis aussi très sensible au fait que Jésus dise : « je ne vous laisserai pas orphelin ».

La conscience et la dignité sont étroitement liées, car Dieu nous a laissés libres par amour. Il importe d’avoir une conscience droite et éclairée…

L’Eglise a vocation à éclairer les consciences. Elle n’est pas là pour se substituer à la conscience de chacun, elle se doit de l’éclairer. On dit souvent que nous avons une petite « alarme » qui est la petite voix de la conscience. C’est une petite voix qui me dit : « je peux faire » ou « je ne peux pas faire »  cela et qui, en tout cas me questionne mystérieusement…

L’Esprit Saint pousse à la vie…

L’Esprit Saint va nous révéler à nous-mêmes, à notre dignité. Nous sommes faits pour vivre mais nous pouvons être attirés par la mort et ce qui a visage de mort. N’oublions pas que l’Esprit Saint, c’est une personne. Bernadette disait de Marie : « Elle me regardait comme une personne. » On se rend compte qu’il y a un dialogue. On peut invoquer l’Esprit Saint, on peut lui parler. Il peut agir en nous pour notre bien et pour le monde. Quand bien même on se laisserait tenter par la mort, l’Esprit Saint veut nous libérer. C’est là que l’Eglise est pleinement elle-même. L’Esprit Saint va susciter les instruments qui font vivre. Pas seulement le corps mais l’être profond. Là est la grâce de l’Eglise quand elle est ce qu’elle a vocation à être !

On peut considérer l’Esprit Saint comme un partenaire…

Dans l’Evangile, Jésus dit qu’il nous enverra un « paraclet ». L’Esprit Saint est un avocat qui nous protège et nous défend. Quand on ne sait pas s’expliquer, il plaide à notre place. L’Esprit Saint est maître ; on ne le régit pas. Mais il peut nous donner ce que l’on n’arrive pas à faire. Parfois nous nous interrogeons : comment ai-je pu sortir de ce tracas ? Sachons mesurer l’action de l’Esprit Saint dans nos vies et comment répondre à la grâce qui nous est faite. Nous sommes invités à donner, à agir, à faire acte d’assistance, à œuvrer pour l’amour. C’est une forme de bonheur, mais qui n’est pas égoïste. J’aime bien le mot « alchimie », ce « mélange subtil » en nous qui « nous rend capable de »…. L’Esprit Saint va réveiller le meilleur en nous.

Que dire de la Pentecôte ?

La Pentecôte, c’est le don du Saint Esprit. Tout ce qu’il a ressenti en lui, Jésus nous le donne. Jean-Paul II s’adressait ainsi à des jeunes confirmands : « votre confirmation à vous, c’est votre Pentecôte à vous ». C’est le moment précis où l’Esprit devient quelqu’un pour nous et qui va nous aider à agir.

 

Quand on parle de « la communion des Saints », le terme « communion » est très parlant…

Même si ceux que l’on aime sont partis vers l’autre rive, nous ne sommes pas séparés. Il est dit dans un chant du pèlerinage : « Il n’a pas dit que tu coulerais. Il n’a pas dit que tu sombrerais. Il a dit : “Allons de l’autre bord” ». Ceux que l’on aime sont de l’autre côté et il y a bel et bien une communion.

Vous indiquez que l’Esprit Saint veut que l’on ait une « plénitude de vie ».

Par le moyen d’un « don », d’un « charisme », l’Esprit Saint peut me faire revivre. « Lourdes Cancer Espérance » est un don prophétique, en cela que l’Esprit Saint aide celui qui est éprouvé à relever le défi de la maladie, du cancer. Nous sommes appelés à « une plénitude de vie », ce que la maladie prétend écraser.

Nous sommes invités à prier l’Esprit Saint…

L’Esprit Saint est celui qui plaide notre cause auprès de Dieu : « il n’a pas pu », « il n’a pas su », « il n’est pas arrivé à… » Nous sommes parfois incapables de trouver les mots et les attitudes justes, mais l’Esprit Saint est là pour nous soutenir : sachons l’écouter et lui prêter attention. Plus nous sommes fragilisés, plus nous pouvons découvrir la nécessité de l’attention à l’Esprit Saint. A « LCE », l’Esprit Saint se manifeste dans l’amour du frère fragilisé par son cancer et cela passe par beaucoup de solidarité. Qui l’ignore ?

L’Esprit Saint, c’est une force…

A Lourdes, les pèlerins touchent le rocher. Certains ne comprennent pas ce geste, alors qu’il nous fait prendre conscience que l’on doit « prendre appui » sur Dieu. Ainsi en est-il aussi de l’Esprit Saint !

Vous soulignez que l’Esprit Saint a pour objet de nous permettre d’aimer l’autre. Mais cet amour ne se veut ni sensiblerie, ni séduction…

Pourquoi aime-t-on ? Est-ce de la compassion à quatre sous, une charité caricaturale pour s’adresser à l’autre « de sa hauteur », un désir mal placé ? Si j’écoute l’Esprit Saint, il m’apprend l’amour du frère qui consiste à l’aider de telle manière qu’on le respecte et qu’il peut recouvrer sa dignité. Car l’autre a le même Esprit Saint que moi et il est bénéficiaire des mêmes dons.

Comment interpréter que le seul péché qui ne sera pas remis est celui contre l’Esprit Saint ?

De nombreuses interprétations ont vu le jour autour de cette affirmation mystérieuse. L’une d’entre elles pourrait être que je blesse l’Esprit Saint quand je nie la dignité de l’autre. L’autre est l’objet du même amour de Dieu, porteur d’un même esprit, d’une même présence. Y suis-je attentif ? Est-ce que je le respecte ?

Jésus a été poussé au désert par l’Esprit…

Jésus a connu l’épreuve de la tentation. Pour nous sauver, il fallait qu’il expérimente le désert des hommes. Le désert c’est l’illustration de l’épreuve. Dans ce lieu aride, on a soif, on a faim, on est confronté à ses tentations intérieures. De la même manière, Jésus n’a pas choisi d’être mené à la Croix, il l’a accepté. Il a expérimenté la réalité de la mort et ainsi il a partagé en tout notre condition. Là nous voyons bien « la vocation chrétienne » après lui, qui est d’assumer ce que la vie nous donne de vivre et d’y trouver l’œuvre de salut qu’il est venu y opérer. Quoiqu’il arrive, nous sommes appelés « à sa vie » !

L’Esprit Saint s’adresse à nous aussi bien sur le plan personnel que collectif…

L’Esprit Saint travaille la pâte humaine dans son ensemble. Il ne se contente pas de travailler dans l’âme et le cœur de chacun, il agit pour le bien de tous. Robert Schuman, l’un des fondateurs de l’Europe, chrétien convaincu, a puisé dans cette tradition chrétienne pour permettre aux peuples de l’Europe, qui s’étaient longtemps combattus de faire cause commune « pour la paix ». L’origine de l’Europe est d’abord une œuvre de réconciliation et de pardon de l’Esprit. Plus largement, autour de nous et en nous, nous pouvons discerner les fruits de l’Esprit quand nous constatons une œuvre de paix. Et cette paix entre les peuples en fait partie.

Pour parler de l’œuvre de l’Esprit, vous employez l’image d’une brisure et à partir de ces ruines, l’Esprit Saint peut construire quelque chose de plus beau.

Ce qui a été « cassé » dans sa vie peut être reconstruit par un autre acteur : l’Esprit Saint. On peut en prendre conscience en regardant le parcours de grandes figures chrétiennes. Le Père André Louf souligne dans l’un de ses livres (« Au gré de sa grâce » Desclée de Brouwer) qu’il ne faut pas avoir peur de faire le constat que sa vie peut avoir, parfois, visage d’errance ou d’un amas de choses cassées, car l’Esprit Saint est là pour « re-reconstruire » toujours…

Propos recueillis par Béatrice Rouquet
Photos : Philippe Cabidoche

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