Question de foi : « La joie de la conversion » et la figure de Jean le Baptiste

St Jean Baptiste (Budapest)

Evangile selon Saint Matthieu (chapitre 11)

Lorsque Jésus eut achevé de donner ses instructions à ses douze disciples, il partit de là, pour enseigner et prêcher dans les villes du pays.  Jean, ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples: « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »

 

 

Comment se situe Jean-Baptiste dans sa rencontre avec Jésus ?

 

Jean-Baptiste voit ce que le Christ apporte, un renouveau. Mais il est d’abord celui qui montre : il n’attire pas l’attention sur lui. Saint Matthieu le décrit tel qu’il est dans le désert : vêtu d’un manteau en poil de chameau, et se nourrissant de sauterelles et de miel d’abeilles sauvages. Au cœur du désert, il voit ce qui vient et s’adresse aussi à nous au sein de Lourdes Cancer Espérance : « Sommes-nous des veilleurs ? Savons-nous attendre ? Qu’est-ce que nous espérons ? » Jean-Baptiste voit en Jésus l’actualité toujours renouvelée du projet de Dieu. Il nous invite à laisser la nouveauté évangélique renouveler nos vies.

 

Baptême de Jésus (Prague)

Vous dites que Jean Baptiste nous apprend à passer constamment de l’Ancien au Nouveau. Comment cela peut-il nous rejoindre au cœur de la maladie ?

Quand on traverse une épreuve, quand on a un souci, une maladie, subitement on devient comme « un vieil homme ». Nos limites nous rappellent que nous sommes fragiles. Jean-Baptiste nous apprend qu’il y a une nouveauté qui vient s’inscrire dans tout ce qui nous vieillit. Il faut laisser mourir en nous ce qui ne peut que mourir. Il y a des choses qui nous rendent vieux, dans le comportement, dans le témoignage. Jean-Baptiste nous dit, à sa manière : cherchez et lisez les signes des temps !  Quand la maladie semble nous condamner, quand nous nous replions sur nous-mêmes d’une façon ou d’autre, il faut ouvrir les yeux sur ce qui vient et aller au-delà des apparences. Là on retrouve l’espérance de LCE.

 

Comment la lumière peut-elle naître au cœur du questionnement ?

Dieu le Père

Jean-Baptiste voit et annonce cette lumière « qui vient ». Il appelle à la foi, au témoignage, à renverser le monde. Il est le témoin de la Bonne Nouvelle. Curieusement, Jésus renvoie la balle à Jean : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez. » Ce que Jean a deviné est en train de s’accomplir et Jésus veut le confirmer à Jean : « les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres »… Ce qui était en train de mourir revit. La vocation chrétienne n’apporte pas de réponse immédiate à tout mais scrute tout pour deviner l’œuvre, le travail du Messie. Jean-Baptiste annonce l’Evangile en actes, dans la peine, la douleur, les oppositions. Etre témoin d’une espérance, c’est être capable de voir, même dans la nuit, ce qui est beau, ce qui est grand. Il faut être attentif à toutes les transformations que nous vivons, à ce que Jésus va opérer en nous. A cause des événements de la vie, notre espérance peut être mise à mal. On peut oublier ce que Jésus est venu faire.

 

Jésus et Jean-Baptiste se rencontrent jeunes ... (Raphaël - Munich, Alte Pinakotek)

Vous dites que nous pouvons être des Jean-Baptiste pour les autres…

 

A LCE, nous ne demandons pas aux personnes si elles sont conformes en toutes choses. On leur désigne Jésus. En cela on agit comme Jean-Baptiste. C’est l’esprit d’ouverture. Dans la façon de prier, de servir, on révèle Jésus en actes.

 

La figure de Jean Baptiste n’est pas sans évoquer le thème pastoral des sanctuaires : la joie de la conversion…

« La conversion n’est pas une corvée » comme le dit le Pape François, c’est un choix de vie et des choix dans nos vies…parfois laborieux, souvent libérateurs. C’est cela qu’il nous faut retrouver. Nous sommes appelés à nous convertir à la manière de Jean-Baptiste : il devine ce qui vient et fait le choix de s’y engager. Il est comme habité par ce choix qui le transforme et attire les foules. Jean-Baptiste nous apprend à lire les signes des temps. Il faut lire dans nos vies ce qui nous empêche d’avancer, d’être heureux. Le pape François dans sa superbe exhortation qu’il nous faut lire, nous lance cette invitation : « j’invite chaque chrétien, en quelque situation où il se trouve, à renouveler sa rencontre personnelle avec le Christ ou tout au moins à prendre la décision de se laisser rencontrer par Lui. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui. Dieu ne se fatigue jamais de nous pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de lui demander pardon ». Suivons Jean-Baptiste sur ce chemin et nous connaîtrons la joie du Christ, celle qui nous fait traverser la vie autrement…

 

La lumière, signe de Lourdes

Le message de Lourdes est en filigrane…

Quand nous parlons de Lourdes et de notre pèlerinage LCE, spontanément nous parlons de cette « joie », de cette « transformation » qui, mystérieusement s’opère dans nos cœurs, comme d’une « conversion », d’un « retournement ». En nous appuyant sur la Parole de Dieu, nous apercevons mieux la présence du Seigneur à nos côtés. Malgré la difficulté des temps, les défis sociaux ou familiaux, le rejet des plus fragiles et des plus faibles, nous trouvons la force de lever la tête et de voir plus loin. Or Bernadette a vécu ces difficultés de l’existence : la maladie, l’éloignement de sa famille, sa vie au cachot, l’exclusion sociale. Elle a porté au monde un message de foi à partir de sa grande pauvreté à telle enseigne qu’elle a dit : « La Grotte, c’était mon ciel. » La Sainte-Vierge lui a fait expérimenter une façon d’être, un ressenti. On retrouve l’actualité de Saint Paul (2 Corinthiens, 4) : «  Ce trésor, nous le portons en nous comme dans des poteries sans valeur ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu. » On retrouve toujours Bernadette : elle nous montre la voie.

Propos recueillis par Béatrice Rouquet
Photos : Philippe Cabidoche