Pierre Vincent, photographe du Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes

« A travers l’objectif de mon appareil photo, je suis au service de tous ceux qui, aux quatre coins du monde, souhaitent partager un temps de communion avec le Sanctuaire. Sur place depuis 15 ans, je ne pourrai jamais faire le tour de ce lieu unique, où la rencontre est première. Chaque jour, s’y révèlent les joies et les peines de toute l’humanité ; les prières confiées à Marie transparaissent sur les visages ; les gestes de réconfort témoignent du grand cœur des hospitaliers ; l’amour de la personne éprouvée, mais aussi son espérance,  rayonnent bien souvent quand elle réchauffe le cœur de ses accompagnants. Il y aura toujours de belles découvertes à faire, des instants précieux à photographier, une ambiance à restituer.

Le témoignage fait partie intégrante de mon métier. A travers mes clichés, je mets en lumière ce qui relève de l’intériorité ; je surprends les pèlerins sur le vif. Pleinement sincères dans leurs attitudes, ils ne cherchent pas à poser. Je suis le témoin de scènes magnifiques que parfois je n’ose pas photographier pour ne pas déranger. Si quelqu’un entend le « clic-clac » de l’appareil et sort de sa prière, j’ai presque envie de m’excuser. Mais bien des fois, on me regarde avec un sourire ; ce sont des instants de grâce.

Ingrid Betancourt à la Grotte de Massabielle, le 12 juillet 2008

Je garde le souvenir de la venue d’Ingrid Betancourt, en pèlerinage avec sa famille en 2008. Nous étions peut-être une cinquantaine de photographes et de journalistes présents sur place. Devant le brûloir, elle s’est recueillie avec les siens. Plongés dans leurs prières pour rendre grâce à Marie, ils n’ont pas tenu compte de l’agitation autour d’eux. La prière touche à la vérité profonde d’un être humain.

Pour exercer ce métier, il faut être curieux, mais aussi plein d’empathie et de respect pour les pèlerins. Sur le terrain, je suis « à l’écoute » de ce qu’ils expriment : j’observe la façon dont ils tiennent une main, dont ils se prennent dans les bras, partagent un moment de prière, se laissent submerger par la grâce d’avoir reçu un sacrement. Pour faire une bonne photo, il faut être présent, mais il y a toujours le petit « plus » qui entre en jeu – le facteur « chance » que l’on ne peut pas maîtriser.

Je suis très sensible aux émotions qui s’expriment au cours de grands rassemblements. J’aime beaucoup le Frat, où s’opère un brassage de jeunes issus de tous les milieux, modestes ou plus huppés. Ils témoignent de la façon dont l’Evangile est présent dans leur vie, et expriment le bonheur d’être ensemble. Ils ont de l’énergie à revendre, manifestent leur joie à grands cris. Puis, ils prennent place à la basilique Saint-Pie X, et soudain, le silence est là : tous sont en communion pour vivre la célébration eucharistique.

L'une des célèbres photos de Pierre Vincent (D.R. Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes)

Je suis amené aussi à photographier le domaine au fil des saisons. Par exemple, je sais que le mois de juin est propice à prendre de beaux clichés à la Vierge couronnée, où fleurissent les roses. C’est aussi une bonne période pour photographier l’églantier de la Grotte. Le premier mai, je sais où trouver, dans le Sanctuaire, quelques brins de muguet. En automne, je profite de la qualité de l’air et de la belle lumière pour saisir des instants magiques. C’est ainsi qu’il y a quelques années, j’avais photographié la Vierge couronnée, drapée de brume, au lever du soleil.

Nombre de clichés sont diffusés sur le site Internet ou sur les réseaux sociaux. Il n’est pas rare que je voie réapparaître, quelques années plus tard, une photo que j’ai prise à un instant T. Quand elles plaisent, cela me touche au cœur. Dans l’exercice de mon métier, des liens se créent : je suis amené à croiser des pèlerins plusieurs jours de suite, à retrouver des hospitaliers qui, d’une année sur l’autre, participent à une procession ou à une célébration. A leur demande, je rencontre aussi des internautes qui sont de passage à Lourdes. A chaque fois, ce sont des instants précieux.

Pierre Vincent (au centre) parmi les photographes accrédités pour la visite du pape Jean-Paul II, le 11 août 2004 (Photo Gilbert Noël)

Mon activité professionnelle m’amène aussi à être aux manettes de la régie, le mercredi, pour l’enregistrement du chapelet à la Grotte, diffusé aux Etats-Unis, le dimanche suivant. Par ailleurs, je collabore avec Laurent Jarneau, journaliste, que j’assiste pour la charte graphique du Mag vidéo de Lourdes News. Mon travail est un peu différent hors saison, où je suis amené à assurer des montages vidéo et aussi le suivi photographique des travaux en cours dans le Sanctuaire.

Le pèlerinage de Lourdes Cancer Espérance me touche énormément. Il fait partie des rassemblements importants de l’année, et il est désigné à juste titre comme « le pèlerinage du sourire ». Je suis très sensible à l’ambiance qui y règne : la joie domine, malgré les souffrances. Chaque année, j’assiste à l’onction des malades. Les prêtres de LCE donnent ce sacrement en témoignant de la présence de Dieu auprès de la personne malade, ils prennent le temps de la regarder, de lui parler. C’est plein d’humanité. En recevant le sacrement, les pèlerins s’abandonnent : sur leurs visages, se dessine un grand sourire ou au contraire, ils s’effondrent en larmes. C’est l’émotion qui surgit ; le cœur parle et cela va au-delà des mots.

Travailler au sein du Sanctuaire est une grâce. A chaque instant, je mesure la façon dont ce qui est vécu a saveur d’éternité. »

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

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