Le chemin de sainteté de Bernadette

"Je ne suis bonne à rien" disait Bernadette. "Mais si, vous êtes bonne à gratter des carottes" lui répond Mgr Forcade, en visite à l'Hospice de Lourdes (Film "Qui es-tu, Bernadette ?"

En 1879, Mgr Forcade, évêque de Nevers, écrivait à propos de Bernadette : « Son attrait le mieux caractérisé était celui de vivre inconnue et de n’être comptée pour rien, ce qui est très rare, même parmi les âmes qui tendent à la perfection. » 

 

Vingt-et-un ans après les Apparitions, Bernadette rendait son dernier soupir au couvent Saint-Gildard, un crucifix attaché sur son cœur.  Celle qui disait ne « pas vouloir passer un instant sans aimer » fut la première missionnaire de la sainte Vierge, cultivant le désir de la voir « glorifiée et aimée ».

 

 

Jusqu’à sa mort, Bernadette aimera Lourdes. En 1858, à la grotte de Massabielle, elle avait rencontré Marie à 18 reprises. Le 25 mars, « l’Immaculée Conception » disait son nom et montrait la vocation de tout chrétien : se laisser habiter par Dieu.

L'agonie de Bernadette (film "Qui es-tu Bernadette ?")

Si Bernadette a été béatifiée en1925 et canonisée en 1933, c’est parce qu’elle a vécu toujours unie au Christ Sauveur, et comme le souligne Mgr Jacques Perrier, ancien évêque de Tarbes et de Lourdes, « l’origine de cette vocation est bien la Grotte. » Dans son mandement de 1862, Mgr Laurence retient trois raisons pour affirmer l’authenticité des Apparitions : la qualité du témoin (Bernadette), les fruits spirituels (la conversion), les guérisons miraculeuses.

 

Pour sa canonisation, deux miracles furent rapportés dans le décret en date du 31 mai 1933. La première de ces guérisons merveilleuses s’est produite à Nevers. « Alexis Lemaître, archevêque de Carthage, souffrait d’une grave infection amibienne, qu’il avait contractée dans les régions tropicales où, auparavant, il remplissait les fonctions de Vicaire apostolique. (…) Or, le 3 août 1925, trois mois environ après la béatification de Marie-Bernarde Soubirous, Monseigneur Lemaître se rendait en pèlerinage à Nevers pour assister aux fêtes solennelles qui allaient être célébrées en l’honneur de la nouvelle Bienheureuse. Arrivé à Nevers, il recouvra instantanément une santé parfaite tandis qu’il assistait à la translation du corps de la Bienheureuse(…) »

L’autre guérison eut lieu à Lourdes. « Sœur Marie de Saint-Fidèle, de l’Institut des Sœurs du Bon Pasteur, atteinte de diathèse tuberculeuse, avait dû, au mois d’août 1926, être opérée d’appendicite. Deux mois après, elle commençait à présenter les premiers symptômes d’une autre maladie de nature tuberculeuse, tant au genou droit, qu’à l’épine dorsale.(…) L’état de la maladie ayant empiré une neuvaine de prières fut faite, pour lui obtenir la protection de la Bienheureuse Sœur Marie-Bernard Soubirous. Le cinquième jour de cette neuvaine, le 6 février 1928, à 6 heures du soir, instantanément, Sœur Marie de Saint Fidèle se sentit guérie. »

 

"Je voudrais qu'on nous dise les défauts des saints et comment ils ont fait pour les corriger, cela nous aiderait." Bernadette, mars 1877 (film "Qui es-tu, Bernadette ?")

Dans son livre « Bernadette, pourquoi je l’aime », Mgr Jacques Perrier pose la question : « Qu’est-ce qu’un saint ? Quelqu’un dont la vie correspond à sa prière, quelqu’un qui illustre, à sa façon et selon son style propre, le Notre Père. »  Il rapporte également que Bernadette trouvait qu’il serait plus avantageux de parler des saints en disant leurs défauts et ce qu’ils ont fait pour se corriger, bien plus que leurs miracles et leurs extases.

Bernadette avait fait siennes les recommandations de l’abbé  Alix, datées du 21 juin 1863 : « Vivez en apparence sur la terre tant qu’il plaira à Dieu de vous y laisser, mais en réalité, par vos pensées, vos sentiments et vos désirs, vivez dans le Ciel. » Dès 1866, Bernadette rejoignait la Maison-mère des sœurs de la Charité de Nevers avec le souhait de se mettre au service de sa congrégation pour soigner les malades. En 1868, l’abbé Peyramale lui écrivait : « Votre mission de la Grotte est finie, travaillez à votre sanctification, vivez de la vie cachée en Jésus-Christ, témoignez à Dieu votre reconnaissance. » D’un tempérament serviable, Bernadette dut accepter que sa santé précaire l’amène à occuper « l’emploi de la prière » puis « l’emploi de malade. »

 

A sa Mère-générale, elle écrira qu’elle n’oublie pas dans ses prières les personnes qui lui sont confiées. Elle ajoute : « C’est surtout les jours de communion que je m’acquitte de cette dette, je sens mon âme remplie de force et de confiance en pensant que ce n’est pas moi qui prie, mais Jésus en moi ! » Alors qu’elle se trouvait à Nevers, Bernadette restait très proche de sa famille. A Pierre, son frère, elle s’adressait ainsi : « Je ne passe pas un jour sans prier pour toi Notre Seigneur et la Très Sainte Vierge de bien t’éclairer sur ta vocation et de te bien faire connaître sa sainte volonté, car ce n’est pas l’affaire d’un jour, c’est pour toute notre vie ; c’est ordinairement de notre vocation que dépend notre bonheur éternel. Prie donc beaucoup, cher ami, afin que le Bon Dieu t’éclaire sur le choix de vie que tu dois embrasser pour son amour et pour sauver ton âme. »

Vœux solennels de Bernadette, vitrail - cathédrale de Nevers

La vocation de Bernadette n’est pas sans rappeler ce que nous enseigne Saint Paul : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force ; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi. » (1 CO 1,27) Dans sa lettre au pape, Bernadette parlait des deux armes dont elle disposait : l’offrande de ses souffrances et la prière. Elle disait aussi : « Aimez bien le Bon Dieu, mes enfants. Tout est là. »

 

Béatrice Rouquet

Photos : Philippe Cabidoche

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