Frédéric Dupuy, chef de chœur et chantre

De droite à gauche : Frédéric Dupuy, Joseph Jankovic et Stéphane Nabias, une belle équipe au service des pèlerins.

« Quand j’étais adolescent, j’étais fasciné par Mgr Jehan Revert, maître de chapelle et chef de chœur, qui avait enregistré les Grandes Heures Liturgiques à Notre-Dame de Paris, avec Pierre Cochereau, organiste. J’étais loin d’imaginer qu’un jour je travaillerais moi-même à la cathédrale et que je serais amené à le côtoyer.

Ma vocation est née peu à peu, après avoir goûté à la musique, au piano, à l’orgue, puis au chant…, à telle enseigne que j’ai été amené à monter et diriger des chorales. Des rencontres décisives ont balisé ma route ; c’est ainsi que je me suis formé à l’université de musicologie, puis au conservatoire en classe de chant et d’orgue à Poitiers. Une autre étape a été celle de ma formation à la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, où j’ai suivi les classes de chanteur lyrique avec l’option « chantre et maître de chapelle. » J’y ai appris, entre autres, toutes les règles phonétiques qui, aujourd’hui, me permettent de chanter à Lourdes dans les six langues officielles. Si je suis à l’aise en espagnol, si aussi j’ai des notions en italien et en anglais, il n’en va pas de même pour le néerlandais et l’allemand. Par contre, je peux tout interpréter !

Pendant ces années, j’ai pu aussi bénéficier de la pédagogie de Mgr Jehan Revert qui m’a permis de prendre conscience de ce qui relevait de la « voix liturgique ». S’il y a différents styles de voix – pour interpréter la chanson de variété ou les chants lyriques – il y a aussi une voix pour la liturgie, pour chanter les psaumes, chants de messe et autres louanges. La voix du chantre doit paraître simple ; elle est au service du texte.
Etre chantre, c’est être au service des autres, de ceux qui peuvent et ne peuvent pas chanter… afin que tous puissent prier et vivre un temps de communion où les forces sont renouvelées. Un chantre ne doit jamais se mettre en avant. Pendant la célébration, il est là pour servir la même cause que les prêtres, sacristains, organistes, fleuristes, techniciens en régie… Que l’on soit dans l’ombre ou dans la lumière, nous sommes tous réunis pour que le fidèle puisse vivre sa démarche de foi.

De 1999 à 2004, j’ai animé des messes à la cathédrale Notre-Dame de Paris, avant d’intégrer l’équipe du Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, où j’exerce depuis douze ans maintenant. En cette année 2015, notre équipe est constituée de quatre personnes : Stéphane Nabias est le deuxième chantre titulaire ; Joseph Jankovic, organiste, et Sœur Marie-Ange Mesclon, responsable de la pastorale de l’Accueil Notre-Dame, viennent prêter main forte.

Dans la basilique saint Pie X

Mon métier me permet de vivre de beaux temps d’échange. Souvent, après le motet final, les pèlerins viennent à ma rencontre, me parlent de leur joie d’être à Lourdes ; certains me disent leur épreuve… Ce ne sont parfois que quelques instants, mais ils sont forts, et il y a beaucoup de sincérité de part et d’autre. J’ai à cœur de réserver le meilleur accueil à chacun, en étant disponible et souriant.

Durant la semaine, il y a, en saison, deux jours-phare : le mercredi et le dimanche, où se déroulent les messes internationales. Comme chef de chœur, je reçois les choristes un peu après huit heures, où durant ¾ d’heure environ nous répétons les chants de la messe. La chorale compte 136 places, mais parfois nous ne sommes qu’une dizaine. Cela ne remet pas en cause la qualité de la prestation, car en donnant le meilleur d’eux-mêmes, les choristes peuvent réaliser des prouesses ! Il faut savoir que nous accueillons tous ceux qui le désirent, sans nous enquérir au préalable de leurs aptitudes à chanter. C’est cela l’esprit de Lourdes ! On peut aussi souligner la présence occasionnelle de chorales déjà constituées, comme la maîtrise de la cathédrale de Reims, la chorale du Montfortain, ou celle de la Suisse allemande, par exemple.

La messe internationale du mercredi suit le même déroulement pendant toute la saison ; elle s’inscrit dans le thème pastoral de l’année. La messe dominicale est, pour sa part, calée sur le calendrier liturgique. Il faut savoir qu’il existe un répertoire de référence qui comporte 204 chants. Il est traduit en six langues, et nous pouvons ainsi varier les chants pendant les quelque 35 semaines de la saison des pèlerinages.
Le programme de la messe internationale du mercredi et du dimanche est préparé par Jean-Paul Lécot, maître de chapelle. Les programmes des processions eucharistiques sont pensés en fonction de la nationalité des pèlerins présents. Si Lourdes accueille beaucoup d’Italiens, la procession eucharistique compte au moins un chant très connu en Italie comme par exemple ‘Il pane del cammino’ (‘Viens combler la faim de l’homme’) ; s’il s’agit d’un pèlerinage anglophone, le répertoire peut inclure ‘This is my body’ (‘Pain de la Pâque’).

Animation de la procession Mariale (aux flambeaux).

Pendant la saison, en dehors des journées particulières du mercredi et du dimanche, mes journées-type comportent deux messes à la basilique du Rosaire le matin ; la procession eucharistique, à 17 heures, avec les répétions au préalable ; la messe à 18h30 ; la procession aux flambeaux à 21 heures. Le chantre prépare aussi le programme des messes d’horaire et des deux processions. Pour les célébrations en français, nous privilégions des chants très connus, car on ne distribue pas de feuilles de chant. Il existe aussi un recueil spécifique au Sanctuaire, avec des chants d’entrée, le Kyriale, des chants à la Vierge…
Pendant les grands rassemblements, le chantre doit être très réactif et savoir prendre l’initiative en cas d’imprévu. Pendant la procession eucharistique, nous sommes à la basilique Saint Pie X ; or par beau temps, la procession commence au podium de la prairie. Si à cet endroit, un micro ne fonctionne pas, le chantre va faire en sorte que le silence ne s’installe pas… l’Evangile sera proclamé plus tard, et il prend alors le relais. Tout doit couler de source. La procession doit suivre son cheminement.

Etre chantre exige aussi un travail permanent : Dieu m’a fait un don merveilleux, mais il faut entretenir la voix, la travailler. Je me suis beaucoup formé, et je continue à prendre des cours.

Avec la chorale du pèlerinage Montfortain

Pendant l’année, je vis des moments forts comme les fêtes du 11 février et du 15 août. J’anime aussi l’onction des malades du pèlerinage des Montfortains, qui est très riche en émotions.

Je suis sensible au pèlerinage de Lourdes Cancer Espérance. Nous connaissons tous des personnes qui traversent l’épreuve. Nous sommes en union de prières avec tous ces pèlerins qui font leur démarche auprès de Marie. Pendant le rassemblement, j’accueille les choristes au moment de la procession eucharistique. Nous tâchons toujours d’inclure quelques chants du livret du pèlerin, afin que chacun puisse se sentir ancré dans cette célébration. Le soir, lors de la procession mariale, les choristes de LCE interprètent deux ou trois chants à la Vierge. Dans ce pèlerinage, on perçoit l’épreuve que traversent les gens mais il y a beaucoup d’espérance. Notre rôle est de permettre que les gens se sentent mieux après avoir vécu une célébration ; ils rechargent les batteries. Chacun à son niveau œuvre afin que les pèlerins puissent repartir chez eux en affrontant leur maladie ou leurs épreuves avec plus d’énergie. Nous sommes à leur service.

Propos recueillis par : Béatrice Rouquet.
Photos : Eric Bielle, Philippe Cabidoche.

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