Jean-Pierre Duvault, hospitalier et ami de Lourdes Cancer Espérance

Jean-Pierre Duvault (en haut à gauche), avec Sœur Claire-Marie, Annie, et des amies de LCE

« Sachons arrêter notre course contre le temps ; le miracle peut naître dès lors que nous sommes attentifs à la présence d’autrui. Si on accueille l’imprévu dans sa vie, les grâces fleuriront de par le monde, et cela aussi sûrement que Dieu attend notre « oui » pour faire grandir son Royaume.

Je me souviens du jour béni où un nouveau chemin, sur lequel je suis toujours, s’est ouvert à moi. La date est restée gravée dans mon cœur : c’était le 25 juillet 1987, en la fête de la saint Jacques. Le moral en berne, j’étais venu passer la journée au Sanctuaire.

A proximité de la Vierge couronnée, sur l’esplanade du Rosaire, un pèlerin était sur son brancard, accompagné par ceux qui l’aidaient. Nos regards se sont croisés, et tout naturellement nous avons échangé quelques mots. Que s’est-il passé en moi ? Après notre rencontre, je me suis rendu à la chapelle des confessions. J’y trouvais un chapelain, le Père Roger qui fut, au long des mois, le témoin de mon cheminement spirituel. Ce même jour, j’accomplis le Chemin de Croix et allais me baigner aux piscines. Tout s’éclairait, et mes pas me conduisirent jusqu’aux bureaux de l’hospitalité Notre-Dame de Lourdes. Sur place, on me conseilla de m’engager au sein du pèlerinage de Bigorre qui était organisé au mois d’octobre. J’avais trouvé un nouveau chemin de foi et de service : accompagner et partager la démarche de pèlerinage.

En même temps que je découvrais le monde de l’hospitalité, j’avais retrouvé Gaston, pèlerin belge que la Providence avait placé sur ma route en juillet. Sa première et très longue lettre me bouleversa par les révélations du calvaire qu’il vivait depuis des années après un très grave accident. D’année en année, suivante, aux dates de son séjour à Lourdes, nous étions à nouveau ensemble, Jean-Pierre belge de cœur et de service parmi les hospitaliers.

Dans un même élan, je me suis engagé au sein de l’hospitalité de Bigorre et l’hospitalité Notre-Dame de Lourdes. Très vite, les contacts ont été chaleureux et fraternels, comme avec Jean Tixier, Yves Gomane et d’autres anciens qui m’ont tout appris et ont été un exemple sur le chemin de la foi ; j’allais les retrouver plus tard au sein de Lourdes Cancer Espérance. Cet engagement au pied de Marie allait se déployer à travers différents services, où l’humanité est la règle d’or.

En septembre 1990, j’ai participé pour la première fois au pèlerinage LCE dans les équipes d’hospitalier pilotées par Jean Tixier.

Henriette Cohade (Photo P. Cabidoche)

Je connaissais Henriette Cohade, membre de Lourdes Cancer Espérance, et elle m’a sollicité pour venir donner un coup de main. Sur place, je découvris un pèlerinage empli de chaleur humaine, où règne une belle communion. Quand Jean Tixier est entré dans la Lumière du Seigneur, j’ai pris sa suite comme responsable des brancardiers, entre 1997 et 2007. Jacqueline Tixier a alors été adoptée comme marraine des brancardiers.

Jean-Pierre Duvault, lors de la procession du pèlerinage LCE 1995 (Photo P. Cabidoche)

Dans ma foi, je me sens comme un électron libre, à l’image des nouveaux convertis. Enfant, j’avais suivi les cours de catéchisme, mais c’est avec mes enfants que j’ai ressenti le besoin de me rapprocher à nouveau de l’Eglise. Cela a été couronné en en 1978, lors de leur Première Communion, après un cheminement en aumônerie, avec l’abbé Miqueu, curé de la cathédrale de Tarbes. De ses mains, j’ai alors reçu le sacrement de réconciliation. Je me souviens de la joie que j’ai eu à recevoir ce sacrement ; j’étais porté ! A partir de ce moment-là, je suis devenu avide de tout ce qui avait trait à l’Evangile et à l’Eglise. Le père Eugène Arilla, curé ma paroisse, Sainte-Thérèse d’Avila, m’a fait faire un chemin extraordinaire, et de fil en aiguille, je suis rentré à l’hospitalité dix ans plus tard, en 1987.

Depuis mon enfance, je suis très réceptif à la souffrance des autres. Je me suis d’ailleurs engagé dans une association pour aider les pupilles de l’Etat. Si je vois quelqu’un qui est isolé, prostré, qui a des difficultés à communiquer en raison d’une maladie, d’un handicap, ou qui souffre d’un mal invisible pouvant éloigner de lui certaines personnes, je sens comme un écho en moi qui me pousse à aller à sa rencontre. Et paradoxalement c’est toujours moi qui suis accueilli : on échange en cœur à cœur, les visages s’éclairent.

Etre hospitalier, c’est être disponible aux autres, prêt à accomplir toutes les tâches. La découverte de l’hospitalité m’a permis d’être serviteur à l’image du Christ. Un chemin de foi, c’est aussi un temps où on se laisse apprivoiser par le don de Dieu.

La beauté de Lourdes se dit dans toutes ses merveilles qui naissent dans la confiance, la bienveillance, la fraternité. Parmi les moments forts qu’il m’a été donné de vivre, j’ai conservé au fond de mon cœur le souvenir de l’onction des malades auprès de Bruno, lors du pèlerinage de Lourdes Cancer Espérance. La seule évocation de ce souvenir me provoque la même émotion.

Les Piscines

Hospitaliers tous les deux, nous nous retrouvions souvent de service aux piscines la semaine qui suivait le 15 août. Je lui avais souvent parlé de Lourdes Cancer Espérance, mais d’autres engagements l’accaparaient, et il n’avait pas pu se libérer pour venir à Lourdes en septembre. En 2008, son chemin allait le conduire jusqu’à Lourdes Cancer Espérance.

L’année précédente, les résultats d’analyse avaient détecté un cancer avancé. Les médecins étaient inquiets et lui donnaient peu de temps devant lui. Aussi, il s’inscrivit au pèlerinage, et me demanda d’être son parrain pour l’onction des malades. Je me souviens encore du moment où le prêtre est arrivé et a posé sa main au-dessus de lui. La basilique était pleine, mais j’avais l’impression qu’il n’y avait plus que nous trois. Je n’ai plus rien vu, j’ai seulement senti comme un voile de tendresse qui est descendu sur nous. Nous sommes sortis de la célébration, avec les larmes aux yeux. Nous en avons parlé et nous nous sommes rendu compte que nous avions ressenti tous les deux la même tendresse venue du Ciel. De son retour à Nantes, Bruno a refait des analyses, et en moins d’un mois, toutes les traces de son mal avaient disparu. Les médecins ont découvert avec lui qu’il était guéri, et lui ont dit de remercier le Ciel. Mais Bruno n’avait pas attendu pour le faire.

Parler de Lourdes, c’est témoigner de la grâce que Dieu nous donne à travers les rencontres, et l’Amour qui est dans tous les cœurs.

Avec Michel et Sœur Claire-Marie, lors du pèlerinage de la Charente-Maritime

En 2006, j’ai sympathisé avec Michel. Il était en pèlerinage, et nous avons fait connaissance : il m’a parlé de sa femme, emportée par un cancer, de ses graves problèmes de santé. Nous nous sommes rendu compte que nous avions des amis communs en Charente-Maritime. L’année suivante, Michel participait au pèlerinage de Lourdes Cancer Espérance et depuis cette date, je l’ai toujours accompagné afin qu’il puisse profiter pleinement des temps de prière et de partage. Fait marquant depuis trois ans : nous avons la grâce de cheminer en communion de prière avec notre petite sœur Claire-Marie, si grande dans notre cœur !

Avec Michel, cette fois au pèlerinage LCE

Que de bonheur l’hospitalité m’a-t-elle apporté ! Nos efforts seraient de peu d’effets, à l’image du sable que disperse le vent, s’ils ne trouvaient appui sur le Seigneur, qui nous invite à nous mettre à sa suite. Que de grâces déverse-t-il dans les cœurs, et ma mémoire est emplie de toutes ces rencontres qui se vivent au pied du Rocher. Parfois, elles ne durent que quelques instants, mais quelque chose se passe, qui nous touche sans qu’on ne sache toujours pourquoi.

Des visages, des prénoms, continuent de nous habiter au-delà des années. Je me souviens d’une jeune femme trisomique, alors que j’étais en prière face à la Grotte. Cette rencontre date d’une époque où je n’étais pas encore hospitalier. Elle est venue vers moi et, dans un sourire lumineux, elle m’a simplement dit « Bonjour, comment tu t’appelles ? » Nous avons échangé quelques mots, et de ce temps de partage, je garde le souvenir précis, comme si c’était hier, toujours aussi « lumineux ». Je sais que la réciproque est vraie et que des personnes que nous rencontrons, dans le cadre du service d’hospitalier, peuvent être marqués profondément par ce qu’ils vivent avec nous. A l’autre bout du monde, il y a très certainement des personnes qui, de retour de Lourdes, continuent de nous porter dans leurs prières.

J’en ai eu le témoignage avec un prêtre d’Amérique Latine, que j’ai rencontré au milieu des années 2000. Alors que j’étais de service aux piscines, il est venu vers moi et m’a confié qu’il priait pour moi à chacune de ses messes. Ne comprenant pas pourquoi, car ne le reconnaissant pas, il m’a alors expliqué que, l’année précédente, encore séminariste, il était venu comme hospitalier-stagiaire. Je l’avais formé, et il n’avait rien oublié de ce que nous avions partagé avec les pèlerins, au pied de Marie. En nous revoyant, nous avons prié ensemble, en touchant du bout des doigts un éclat du Rocher que j’avais reçu comme cadeau à la suite de travaux à la Grotte et que j’avais exceptionnellement sur moi, ce jour-là .

Aux Piscines, avec les hospitaliers de Notre-Dame de Lourdes

S’il est un geste, dans l’Evangile, qui me touche particulièrement, c’est celui du « Lavement des pieds ». Aux piscines, je le vis fortement en aidant les pèlerins à se rechausser. Nous avons une petite technique en mettant un genou à terre. Serviteur à l’image et selon l’enseignement de Jésus à ses Apôtres ! Mais, selon les circonstances, cela n’empêche pas une pointe d’humour. Ainsi, il m’est arrivé de dire parfois : « Si vous étiez une dame, je vous demanderais votre main, mais aux hommes, je leur demande le pied. » Dans ce cas, le sourire vient se mêler aux larmes d’émotion. Le serviteur et l’accompagné se trouvent en communion de larmes et de paix. Il faut savoir descendre d’un cran, en toute humilité, pour être tout simplement mieux accueillant les uns vis-à-vis des autres.

Il manquerait le temps d’évoquer toutes les rencontres qu’il est donné à chacun de vivre au cœur du Sanctuaire. Je pourrais vous parler de Simone, dont j’avais lu le témoignage dans Lourdes Magazine. Elle venait en pèlerinage pour le 15 août avec les Petits Frères des Pauvres, et j’avais été sensible à son histoire. Elle était esseulée, sans famille, en établissement spécialisé, dépendante physiquement mais vive d’esprit. Nous avons commencé une correspondance suivie pendant des années, jusqu’à son décès.

Une autre grâce de la « rencontre » : avec Serge, du diocèse d’Albi. L’aumônier du pèlerinage m’avait demandé si je pouvais me libérer pour l’accompagner pendant leur prochain pèlerinage à Lourdes. Le monde s’était écroulé, pour Serge, entre drames familiaux et graves épreuves de santé ; beaucoup de souffrances ; pour seuls soutiens, sa compagne et l’aumônier !

Le premier jour du pèlerinage, au moment du déjeuner, Serge m’a regardé avec insistance et a fondu en larmes. Je me suis levé et me suis placé tout près de lui. Il m’a confié à l’oreille la maladie dont il souffrait, comme un secret qu’il me livrait. Je l’ai embrassé, en lui glissant un tout petit mot de réconfort : « Je suis là, avec toi. » Il n’y a pas de mot, face à la détresse ! Durant l’après-midi, je l’ai accompagné pour faire le tour de la prairie et lui faire découvrir une petite pastorale de Lourdes. Nous avons cheminé en frères. De retour à l’hôtel, il avait retrouvé le sourire, et, trois jours après, lors des « au revoir » sur le quai de la gare, plusieurs m’ont demandé : « Que s’est-il passé ? On ne reconnaît pas Serge ». A cette question, je ne pouvais que répondre : « Je ne sais pas ; ça me dépasse. Demandez à Maman Marie et au Bon Dieu. » Avec Serge, nous avons continué à avoir des échanges réguliers (courrier, téléphone) jusqu’à ce jour du 14 août où  le médecin de l’hôpital m’a appelé. J’étais au travail, et il m’a dit que Serge m’attendait. Il souffrait d’une embolie pulmonaire ; le temps était compté, quelques heures…. J’ai pris aussitôt la direction d’Albi. Sur son lit d’hôpital, il ne pouvait respirer qu’avec l’aide des machines. Je lui ai apporté de l’eau de Lourdes, et avec sa compagne et l’aumônier, nous avons pu l’accompagner pour son passage vers l’autre rive. Il nous avait attendu, et est décédé à 18 heures, quand nous étions tous trois réunis. Révolté contre la société et l’Eglise en arrivant à Lourdes, replié sur lui- même, il avait retrouvé la « Lumière ».

Aux personnes que je rencontre, il m’est arrivé de dire quelquefois : « Interdit de désespoir ! ». Je n’ai pas oublié le témoignage de Mercedes d’Adhémar, hospitalière au sein de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes, qui était souvent de permanence à l’Accueil Notre Dame. Nous avions sympathisé ; elle était très à l’écoute des autres, journaliste à ses heures, et s’impliquait aussi dans les missions étrangères. Malgré la maladie qui la minait, elle avait l’Espérance chevillée au cœur. Elle ne faisait pas de grands discours mais elle avait le don de vous embarquer dans cette belle communion qui fait de nous des frères et sœurs et nous fait entrer dans la Communion des Saints, chaque jour, dès ici-bas.

Plus j’avance en âge, plus je me sens petit face à ce si grand Amour qui m’a été révélé le plus souvent par les personnes dans l’épreuve et ceux que l’on qualifie à tort de « petits ».

Christ des Piscines Messieurs

Avec Dieu, nous pouvons tout. Il attend de nous un simple « oui », un « vrai oui » pour nous permettre d’aller encore plus loin et d’entrer dans sa Volonté. Se couler dans la « confiance » et tout recevoir de Lui, pour mieux grandir, qui que nous soyons, malgré nos pas trébuchants, nos doutes, sur le chemin de la vie et de la foi. »

Lourdes est vraiment « Terre d’Evangile », et « Lourdes Cancer Espérance » une belle et grande famille qui s’abreuve à la tendresse du Ciel ! « Deo gratias », pour tout ce que nous partageons depuis des années !

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

 

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