Pascale Leroy-Castillo, gardienne de l’histoire de Lourdes

Pascale Leroy-Castillo, responsable du service des Archives et du Patrimoine du diocèse de Tarbes-Lourdes et du Sanctuaire

Pascale Leroy-Castillo veille sur les archives du Sanctuaire – Photo : B. Rouquet

«  Au sein du service des Archives et du Patrimoine du Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, nous formons une équipe de sept personnes dont les missions sont complémentaires afin de collecter et conserver les fonds, qui font partie de notre mémoire collective ; il importe aussi de les valoriser à travers des publications ou des expositions,  de les inventorier afin de permettre aux chercheurs et à ceux qui aiment Lourdes de donner vie à leurs ouvrages, leurs travaux universitaires, de répondre à des questions diverses liées à l’histoire du Sanctuaire ou des pèlerinages.

Il nous tient à cœur de sensibiliser le plus grand nombre à la nécessité de conserver des documents d’archives. Lors des journées de février, nous nous adressons en ce sens aux directeurs de pèlerinage, aux responsables d’hospitalité et aux groupes. Il nous faut garder la trace de tout ce qui a trait à la venue des fidèles à Lourdes. En classant et répertoriant nos fonds, nous faisons souvent de belles découvertes, comme cette affiche d’un pèlerinage belge datant du début du 20e siècle.

Régulièrement, on vient déposer dans le service de nouveaux documents, comme des cartes postales par exemple. Nous en avons plusieurs milliers. Certains aussi nous offrent des correspondances  anciennes de membres de leur famille comme celles d’un ancêtre ayant fait partie de l’hospitalité ou ayant été marqué par son passage à Lourdes. Nous avons reçu un don inestimable avec une lettre originale de Bernadette. Si les personnes peuvent nous donner leurs archives, elles peuvent aussi les déposer et en rester propriétaires ou nous les confier pour qu’elles soient numérisées.

Le travail de classement est primordial. Il faut trier et mettre en ordre les documents, les répertorier pour les mettre à la disposition des chercheurs. Nous avons encore beaucoup à faire pour fiabiliser nos répertoires, toujours dans le but de pouvoir les communiquer.

Carte postale de Lourdes conservée aux archives

Notre mission est vaste : conserver, classer, communiquer, valoriser, collecter… Les hospitalités ou les directeurs de pèlerinage nous sollicitent fréquemment à l’occasion d’un anniversaire, par exemple, alors qu’ils souhaitent éditer une brochure,  réaliser un film ou monter une exposition. Nous les y aidons, car nos fonds sont constitués de supports papier, de photos, mais aussi de films et de bandes audio.

Connaître le passé offre une grille de lecture pour le présent. Les pèlerins découvrent ainsi que leur démarche s’inscrit dans une continuité. Quelle est belle cette fidélité de ceux qui, hier, aujourd’hui et demain, auront connu cette même confiance en Marie qui leur a donné rendez-vous au pied de la Grotte !

Pour approfondir la connaissance de l’histoire de Lourdes, les portes d’entrée sont multiples. A travers tel ou tel sujet d’étude, une même série de documents peut être exploitée de manière différente. S’intéresser à l’histoire, c’est découvrir une source vivante, qu’il faut creuser encore et toujours.

Je pourrais citer les travaux du Père Andréa Brustolon, oblat de la Vierge Marie, sur le docteur Dunot de Saint-Maclou. Ses recherches ont donné un précieux éclairage sur les liens entre le Bureau Médical, fondé par ce dernier au 19e siècle, l’Hospitalité et la Société Saint-Vincent de Paul. Une autre fois, nous avons mis en lumière une représentation de la Vierge Marie enfant, à la basilique du Rosaire, à l’initiative d’un chercheur qui s’intéressait aux « bambina » auxquelles on porte une grande dévotion en Italie.

Nous accueillons tous types de chercheurs à l’image de cette étudiante venue récemment pour préparer une thèse sur la statuaire religieuse. Ce ne sont pas toujours des universitaires, des historiens ou des responsables de pèlerinages. Nous sommes aussi à l’écoute de ceux qui, désireux de connaître le lien de leur paroisse avec Lourdes, s’interrogent sur l’organisation d’un premier pèlerinage, s’intéressent à l’histoire de la représentation d’une Grotte ou à l’histoire d’une personne miraculée près de chez eux. Nombreux sont ceux qui aiment Lourdes et souhaitent mieux comprendre son message et son histoire.

Travailler dans ce service renvoie à la rencontre d’une humanité. C’est touchant de voir comment l’on retrouve aujourd’hui les mêmes interrogations et les mêmes quêtes qui avaient cours jadis. Il y a un siècle déjà, ne s’inquiétait-on pas d’une présence moins importante de prêtres ou encore de la manière de faire silence à la Grotte ?

Nous disposons aussi d’une importante bibliothèque ; on y trouve des ouvrages de référence sur l’histoire de Lourdes et des Apparitions, ainsi qu’une bibliothèque mariale spécialisée. Nous travaillons en partenariat avec la Société Française d’Etudes Mariales. Nous conservons des périodiques français ou étrangers, qui concernent Lourdes, les sanctuaires répartis de part le monde, les pèlerinages. Aussi sommes-nous très heureux par exemple de disposer de la collection de la revue de Lourdes Cancer Espérance.

Un autre aspect de mon travail consiste à valoriser les archives. C’est ainsi que des expositions peuvent être élaborées et donner lieu parfois à des catalogues. Récemment, à l’occasion de leur canonisation respective, nous avons évoqué les visites à Lourdes de Jean XXIII et de Jean-Paul II. Un tel travail a demandé beaucoup de persévérance afin de reconstituer le fonds iconographique. Nous avons beaucoup cherché, dans de multiples fonds et supports, et nous avons même mis à jour des photos rares de Jean-Paul II en visite à la cathédrale de Tarbes. Après la vente de son fonds de commerce, les archives du photographe local qui avait assuré la couverture de l’événement avaient disparu. Nous avons pu retrouver des planches contact dans les archives épiscopales, et avec les accords nécessaires, l’exposition a pu être montée. De telles initiatives rendent les gens heureux. Un autre exemple de catalogue est celui réalisé sur l’évolution du domaine du Sanctuaire à travers le temps. Ce regard sur l’histoire est intéressant, instructif et porteur pour chacun d’entre nous, en relation avec le projet de l’espace Grotte Cœur de Lourdes.

Chape offerte à la basilique du Rosaire par la Belgique dans les années 30 (style Art Déco) – Photo : P. Cabidoche

S’agissant de la conservation des archives, il importe de disposer de locaux avec température constante, hydrométrie contrôlée, de conserver des documents à l’abri de la lumière et dans des conditionnements spécifiques : papier neutre et sans acidité, pochettes Melinex… Certains documents particulièrement précieux ou fragiles ne sont pas communicables. Ils peuvent être numérisés pour faciliter la consultation. Un autre aspect de notre travail est le transfert sur support numérique de films anciens et d’enregistrements sonores.

Couronne de la Vierge (souscription française, début XXème s.), or et diamants - Photo : P. Cabidoche

Le service est aussi axé sur la conservation du patrimoine : objets patrimoniaux liés au culte ; collections de bannières ; paramentique (ornements anciens), orfèvrerie, ex- voto précieux… Au Sanctuaire, il importe d’être en mesure de restaurer des objets et d’assurer le suivi de l’entretien la statuaire du domaine. A l’occasion de tel ou tel événement, nous mettons l’accent sur la restauration d’une statue, comme celle de saint Roch à l’occasion de l’anniversaire du pèlerinage à Lourdes du diocèse de Montpellier ou celle du curé d’Ars, pour fêter l’année de la Miséricorde.

Dans le service, nous conservons aussi des documents comme des dossiers techniques qui, à l’occasion de travaux dans le domaine, peuvent être très utiles au Sanctuaire pour réaliser de belles économies. Naguère, ce fut le cas pour des travaux sur les ponts jumeaux. Une autre fois, nous allons pouvoir retrouver dans les archives le poids d’une statue avant de la déplacer… Nous préparons aujourd’hui les archives de demain, et il me tient à cœur de sensibiliser et de former les différents services du Sanctuaire au classement de leurs archives intermédiaires.

Travailler au sein de l’Eglise est une grâce. J’exerce mon métier d’archiviste depuis 1991 ; depuis 2006 dans le diocèse de Tarbes et Lourdes, et 2009, au Sanctuaire. Je mesure toute la richesse de mon métier, à travers sa diversité et les rencontres qu’il me permet de faire.

Inauguration de l'exposition consacrée à LCE, à l'Accueil Notre-Dame - Photo : P. Cabidoche

Cette année, nous avons préparé une exposition présentée à l’Accueil Notre-Dame pour fêter le 30e anniversaire de Lourdes Cancer Espérance.  Je trouve que ce pèlerinage est très beau. On y ressent les valeurs évangéliques de foi, d’espérance et de charité. J’y ai moi-même assisté une année, alors que j’étais aux côtés d’une amie qui accompagnait son mari malade. Il a reçu l’onction des malades et c’est un souvenir très fort. La maladie du cancer n’est pas toujours visible, et on découvre des témoignages de foi magnifique. Ce qu’on vit à Lourdes est précieux, et touche au cœur de l’humanité. »

Propos recueillis par Béatrice Rouquet.

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