Monique Compagnon

« Ce que l’on vit à Lourdes ne se mesure pas à seule vue humaine ; il nous faut voir les biens qui ne passent pas, ceux de l’amour, et nous abandonner avec confiance dans les bras de Marie. Après avoir travaillé comme secrétaire dans l’aide sociale à l’enfance, à la Rochelle, je suis arrivée dans les Hautes-Pyrénées en septembre 1995 aux côtés de Gérard, que je venais de rencontrer. Peu après, est né notre fils. A cette époque, je ne connaissais pas vraiment l’histoire de Bernadette, et je n’avais pas non plus idée de la réalité des temps forts que sont les pèlerinages et de toute la joie qui en découle. Tout cela, je l’ai découvert peu à peu, comme un chemin de vie et d’humanité, où la rencontre est la première des catéchèses et où la lecture d’ouvrages de René Laurentin m’a donné des clés sur ce qui s’est passé en 1858.

En septembre 2001, j’ai poussé la porte du Sanctuaire de Lourdes. J’ai alors découvert l’Accueil Notre-Dame, où j’ai rejoint les équipes des agents d’entretien. Avant d’intégrer les équipes du Sanctuaire, j’étais loin d’imaginer qu’un tel lieu puisse exister, et j’ai été saisie par la vérité des rencontres.

J’ai été plongée pleinement dans cette ambiance, que d’aucuns comparent à celle d’une maison de famille où Marie prend soin de chacun. Les personnes malades ou handicapées sont chez elles ; beaucoup arrivent à Lourdes avec le cœur lourd ; elles sont tristes et portent leurs souffrances comme un fardeau. Au fur et à mesure que les jours passent, elles retrouvent le sourire. Je me souviens d’une dame atteinte par la sclérose en plaques. Elle n’avait plus goût à la vie. Son pèlerinage à Lourdes l’a transformée. Elle a repris confiance, son visage s’est éclairé, son cœur a trouvé la Lumière.

Tout est fait pour que le pèlerin se sache attendu et accueilli. Sur place on vit aussi des temps festifs qui disent bien cette joie d’être ensemble, d’être à Lourdes. Les pèlerins sont portés ainsi que tous ceux qui sont à leurs côtés.

Il m’est arrivé plus d’une fois d’être émue jusqu’aux larmes au départ de groupes de pèlerins. Le temps passe si vite, et leur présence nous apporte tant de joie ! Je crois qu’il n’y a pas de hasard, et que Marie nous guide tout au long de notre vie : que l’on soit salarié, hospitalier ou pèlerin, on est tous là pour cheminer ensemble, pour donner le meilleur de nous-mêmes, et dans le même temps, recevoir la paix du cœur qui naît de la fraternité.

A l’Accueil Notre-Dame, la vie quotidienne permet de créer des liens forts, de ceux qui vont perdurer au travers des années, et par-delà l’éloignement géographique. Avec nombre d’hospitaliers, nous continuons d’échanger des nouvelles et de nous rencontrer à Lourdes, au moment de leur temps de service. Parmi mes amies de longue date, Madeleine Thiemard, déléguée de LCE en Suisse, a servi à l’Accueil avant d’être aujourd’hui hospitalière au service des piscines ; elle est pleine de délicatesse pour chacun.

En 2004, la venue du Pape Jean-Paul II a marqué une étape dans mon chemin de foi ; Jacqueline Mouchnino, alors directrice de l’Accueil, et François Labadie, m’ont proposé tous deux de participer à la procession aux offrandes. C’est ainsi que j’ai été amenée à porter le pain et le vin de la messe, en même temps que d’autres employés du Sanctuaire.

On m’avait dit de regarder le Pape, et je me souviendrai toujours de cet échange quand mes yeux ont croisé les siens. J’ai été profondément bouleversée, et sans doute est-ce à partir de ce moment-là que je me suis tournée vers Marie avec une foi nouvelle.

Quelque chose s’est passé, comme s’il venait prendre quelque chose en moi. C’était un homme de paix, un homme empli d’amour et de sérénité. Il était à Lourdes pèlerin parmi les pèlerins, logeant à l’Accueil Notre-Dame avec une centaine de personnes malades.

 A cette époque, je portais en moi beaucoup de souffrance. J’étais révoltée par le décès de mon père, que j’avais perdu dans ma jeunesse. Même si j’avais été baptisée, que j’avais suivi le catéchisme et que j’avais fait ma première communion, mon cœur saignait et mon esprit était empli de questions sans réponse. Je ne comprenais pas que Dieu ait permis que mon père soit parti si tôt.

Quand j’ai vu le Pape, j’ai eu l’impression que mon cœur s’ouvrait, que des barrières tombaient. A cette rencontre, s’ajoutaient toutes les grâces que j’ai pu avoir dans ma vie, et ce que j’avais reçu aussi à Lourdes. J’ai compris que, dans nos cœurs blessés, le Seigneur veut entrer et nous donner sa vie. A partir de ce jour-là, Marie a pris une place de plus en plus importante dans mon existence, et ce chemin, je continue à le parcourir, puisque d’autres appels viennent résonner en moi, comme celui de faire la démarche de me rendre aux piscines. Que de bonté le Seigneur a-t-Il envers chacun de nous ! Il nous fait entrer dans sa vie, par tant de manières, et pour moi, cette porte a été celle de Lourdes. Aujourd’hui, si je porte un souci dans le cœur, je vais à la Grotte pour le confier à Marie. J’ai établi avec elle une amitié que j’aime à préserver ; je me sens très proche d’elle.

Parmi les temps forts que j’ai pu vivre avec mes collègues, je pourrais citer un pèlerinage à Nevers ; je voulais comprendre pourquoi Bernadette avait voulu y servir, et durant notre séjour, nous avons logé chez les sœurs, découvert les lieux, son message, et nous avons aussi prié devant la châsse de Bernadette.

De 2010 à 2016, j’ai travaillé à la librairie de la Grotte. Même si le service était différent, j’ai aimé aussi rencontrer ces pèlerins qui, de passage à Lourdes, veulent emporter avec eux un ouvrage ou une Bible. Quelle soit la mission que l’on m’a confiée, j’ai toujours voulu y mettre le meilleur de moi-même, et durant toute ma carrière, j’ai accompli ce qui m’était demandé en mettant en premier la relation humaine.

J’ai avec LCE des liens particuliers puisque j’ai conservé une profonde amitié envers Madeleine, qui fut déléguée LCE de la Vienne. C’est ainsi qu’elle m’a conviée au pèlerinage chaque année, et tous les ans, je passe une journée à ses côtés : j’ai pu assister à l’onction des malades, à la procession eucharistique et d’autres temps forts du pèlerinage. C’est un pèlerinage extraordinaire, où la joie se vit de multiples manières et où le seul langage est celui du cœur.

Il me tient à cœur d’être solidaire dans ma prière. Je porte bien souvent des intentions à la Grotte, allumant devant le Seigneur et devant Marie un cierge pour telle ou telle personne que j’aime, que j’ai pu rencontrer ou dont je connais la souffrance.

Je crois que la Vierge Marie est notre guide. Elle nous invite à la confiance, à la vie, à l’amour. »

Propos recueillis par Béatrice Rouquet

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